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Vos parents ne sont pas vos parents (09/06/2018)

9 juin 2018

Billet de spiritualité de Gabriel RINGLET paru le samedi 09 juin 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Vos parents ne sont pas vos parents

Voilà sans doute un des versets les plus surprenants de l’Évangile : « Les gens de chez lui vinrent pour se saisir de lui ». Qui sont ces gens « de chez lui » ? Certaines traductions parlent de « sa parenté » ou de « sa famille ». Beaucoup disent simplement : « les siens ». En tout cas, des tout proches. On apprend même, quelques versets plus loin, que « sa mère et ses frères » sont à sa recherche. Ils ont fait tout un chemin, de Nazareth à Capharnaüm, pour tenter de le ramener chez lui.

Mesure-t-on vraiment l’inouï de cette situation ? Car ça marche, pour Jésus, admirablement. Et la foule qui l’entoure est si dense et si enthousiaste qu’il n’arrive même plus à avaler une bouchée. Comment les gens de chez lui ne seraient-ils pas fiers de l’enfant du pays ? Qu’a-t-on donc colporté à Nazareth pour que les siens s’inquiètent à ce point ? Les accusations des scribes le disant « possédé par Béelzéboul » ont-elles ébranlé sa parenté ? Car c’est bien cela la rumeur au village : « Il a perdu la tête ».

Inquiets et déstabilisés par les bruits qui courent, craignant peut-être que son succès n’énerve plus encore la religion officielle et ne leur attire des ennuis, les proches se précipitent à Capharnaüm avec l’espoir d’éteindre l’incendie. C’est assez terrible quand on y pense : parenté et autorités, même combat !

Il n’est pas très difficile de le repérer puisqu’une foule s’est assise autour de lui à l’intérieur de la maison de Simon, là où il revient régulièrement. Il est en train de leur parler en paraboles quand voilà qu’arrivent sa mère et ses frères. La parenté se resserre. Dès les premiers siècles de notre ère, trois interprétations circulent à propos des « frères et sœurs de Jésus ». Pour certains, Jésus était l’aîné d’une famille nombreuse ; pour d’autres, il avait des demi-frères et sœurs issus d’un premier mariage de Joseph ; pour d’autres encore, dont saint Jérôme, il faut entendre par « frères » ses cousins germains. Mais là n’est pas l’enjeu. Dans le moment qui nous retient ici, nous apprenons surtout que « restant au dehors, ils le font appeler » (Mc 3, 31). Est-ce que Marie est la première à s’inquiéter ? Le prend-elle aussi pour un exalté ? Pressent-elle déjà que cette histoire risque de mal tourner ? Est-ce pour éviter l’affrontement qu’elle vient en famille pour le rapatrier et le cacher à la maison ?

À vue humaine, la suite est insupportable. À ceux qui lui disent que sa mère est là, il sort une réplique qui la renie publiquement : « Qui est ma mère ? » On pense à l’épée dont lui parlait Syméon lors de la présentation de son fils au temple : « Toi, une épée te transpercera l’âme » (Lc 2, 35). La voilà renvoyée à sa place sans ménagement, comme à Cana : « Femme, ne te mêle pas » (Jean 2, 4). Mais là, elle gardait la main : « Quoi qu’il vous dise, faites-le » (Jn 2, 5). Ici, elle n’a plus rien à dire, pas même en coulisses. Plus grave encore, il ne la connaît plus : « Qui est ma mère ? »

Oui, je sais, l’Évangile invite à un au-delà du clan. Un au-delà du sang. Nos liens familiaux ne doivent pas nous détourner de nos liens fraternels. Vos parents ne sont pas vos parents ! Mais il m’arrive de m’inquiéter. Que de mouvements sectaires ont exigé cet arrachement pour mieux enfermer.

Qui est ma mère ? Qui est cette mère au-delà de la mère ? Cette mère plurielle ? Cette mère universelle ? Une mère-frère. Une mère-sœur. Une mère-mère. Peut-être qu’en l’écartant, Jésus la rapproche et qu’il veut la donner en exemple, car qui, plus que Marie, a fait « la volonté de Dieu » ?


Gabriel RINGLET

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