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Vivre de l'Esprit de vérité (20/05/2017)

20 mai 2017

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 20 mai 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Vivre de l’Esprit de vérité

Le « discours d’adieu » de Jésus est le temps de la séparation qui inaugure un autre temps, celui de l’après. Pour Jésus, ce temps nouveau ne ressemblera pas à celui de l’avant, lorsqu’il était avec ses disciples. Il ne sera pas répétition. Jésus annonce un autre « défenseur », « l’Esprit de vérité ». Aux disciples d’être alors un autre Christ. Il y a dans ce discours d’adieu un appel à la créativité qui fonde l’avenir. Le temps de l’absence est nécessaire pour que la présence qui est logos (Parole de Dieu) soit assumée par les disciples, une présence réelle, autrement. Le discours d’adieu s’inscrit donc dans un mouvement, un commencement qui, non seulement, inaugure le peuple des croyants, l’Église, mais qui donne aussi à cette Église une identité qui fait d’elle un perpétuel commencement d’un avenir possible. L’Église est Église lorsqu’elle est en mouvement parmi les hommes pour être signe d’une espérance. Aujourd’hui encore, dans un monde à la recherche d’un nouveau « logiciel », elle est à inventer pour une parole nouvelle, crédible, dans un temps nouveau.

Un rêve ? Une idéologie ? Une utopie ? Jésus est ici dans l’exercice du principe de réalité. Il s’agit pour lui de lancer ses disciples dans l’action pour qu’ils se confrontent à l’agir : construire une vraie fraternité entre les hommes pour être « signe ». Changer la relation aux autres. Être au service de l’humanité en servant l’homme. Se donner pour transmettre la vie aux autres. Pas de soumission, mais le choix de la liberté qui est chemin d’un amour vrai au risque de la transgression ou de la subversion. Agir ainsi, comme lui, en « mémoire de lui ». Voilà son commandement.

C’est dans cette confrontation à la réalité, à travers les événements qui rythment la vie, que les hommes peuvent être en dialogue avec Dieu. Être à son écoute en déchiffrant les signes des temps et répondre à son appel, dans la foi. C’est dans cette confrontation que l’Esprit travaille les âmes, provoque la réflexion et donne sens à l’action. Dieu parle à travers sa création en création et invite les hommes et les femmes à participer à cette histoire en devenir : c’est là tout le message contenu dans la Bible. Il y a alors rencontre, dialogue, et plus, unification par et dans le Christ. Une libération s’opère : malgré les erreurs inévitables, les refus, les trahisons ou les fuites devant les obstacles, l’homme se construit, se réalise, épreuves après épreuves, dans une conquête de lui-même, dans le désir du bonheur, et touche le divin.

Or, aujourd’hui plus que jamais, l’engagement est nécessaire. L’humanité est sans doute à un tournant de son histoire : le dialogue entre les cultures peut élever les consciences ou sombrer dans une dictature des esprits, l’humain peut s’enrichir des autres ou disparaître à jamais. Au niveau des sociétés, face aux nombreux dangers qui déstabilisent les citoyens, les peurs engendrent des réactions de défense qui entretiennent un populisme où la raison n’a plus de raison. Comme toutes les religions, l’Église catholique doit relever le défi d’une modernité qui, si elle n’est pas pensée selon le sens humain, peut mettre fin à l’aventure des civilisations. Elle n’est pas une multinationale face à un marché mondial : elle n’est pas non plus un parti politique à la conquête d’un pouvoir. Mais porteuse d’une espérance qu’elle tire d’un événement, la résurrection de Jésus le Christ, qui change radicalement le sens de l’histoire, et qui, face au danger d’un suicide collectif, ouvre un chemin de vérité, de justice et de paix à tous les hommes, elle a une parole forte à proclamer au-delà des idéologies. C’est au nom de cette espérance que, notamment, le pape François appelle au développement de l’Europe et à l’accueil des migrants. Un « non » au repli, à l’exclusion, à l’isolement. Les évêques sont garants de l’unité et de la communion dans la foi, au-dessus des inévitables divisions qui naissent des inévitables débats. Ne rendent-ils pas alors libre l’expression des communautés locales qui, fortes d’une histoire singulière et d’engagements de solidarités, peuvent oser une parole plus politique n’engageant qu’elles ? L’erreur de jugement est possible, mais, se taire et rester muet, n’est-ce pas prendre un risque encore plus grand ? Des silences qui pèsent lourd dans les consciences…

Parler, au risque de se tromper, c’est peut-être ça aussi, aimer le monde et, en aimant le monde, aimer le Christ. C’est peut-être ça aussi, vivre de l’Esprit.

Daniel DUIGOU

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