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Un Esprit qui fait sortir vers des terres nouvelles (24/06/2017)

24 juin 2017

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 24 juin 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Un Esprit qui fait sortir vers des terres nouvelles

 

« Je n’ai pas d’avenir ». L’enfant qui me parle sanglote ; il a tout juste 11 ans. Sa détresse le secoue. Que s’est-il passé dans sa petite vie ? Pourquoi ce désespoir ? Nous parlons longuement. Petit à petit, je pressens ses peurs. D’un côté, le garçon possède des potentialités intellectuelles élevées, et de l’autre côté, ses capacités socioaffectives n’ont pas suivi la même courbe de développement. Pour lui, avoir un avenir veut dire être reconnu, avoir une place parmi ses camarades. Construire, jouer ensemble. Etre apprécié, non pas pour les bêtises que l’on peut faire mais, comme il dit, pour la bonté au fond de lui.

« Je n’ai pas d’avenir ». C’est comme si la communauté chrétienne à laquelle Matthieu adresse son évangile était secouée par cette même angoisse. L’environnement sociopolitique lui est hostile. Les disciples de Jésus sont en proie à la délation et à la persécution. Un contraste vif s’instaure entre la bonne nouvelle venant du Christ et la mauvaise nouvelle venant de l’entourage. Comment ne pas se laisser déchirer ? Comment ne pas fléchir sous la pression de ceux qui veulent faire mourir les baptisés ? D’où vient-il, cet avenir que nous espérons tant ? De nos contemporains et de leurs regards plus ou moins hostiles, ou du Ressuscité présent à ses amis ?

Le passage de l’Évangile lu en ce 12ème dimanche fait partie d’un long enseignement adressé aux disciples de tout temps, donc à nous. Envoyés en mission, ils sont appelés à un style de vie qui tranche avec les immobilismes habituels : chacun chez soi, chacun pour soi, et seul l’empereur (à Rome du temps de Jésus, aujourd’hui à Washington, Pékin, Moscou ou ailleurs) et ses armées pour imposer à tous sa vision du monde.

Le Royaume de Dieu indiqué et inauguré par le Christ ne peut rester caché. Il ne relève pas d’une religion à mystères. Il ne situe pas dans une structure métahistorique. Le Christ demeure présent à la réalité de notre monde. Sa parole est pour nous, aujourd’hui. Ce Royaume ne se confond pas avec la communauté qui le célèbre, mais dans la communauté pascale souffle un Esprit qui fait sortir vers des terres nouvelles. En Christ, Dieu choisit d’enraciner son Royaume dans notre quotidien.

« Ne craignez pas ». Deux fois, nous entendons cette invitation à quitter la peur. Deux fois, nous sommes conviés à un discernement dans la foi. Le Christ insiste mais ne rassure pas naïvement. Le danger est réel, et une mort violente peut être infligée par ceux qui possèdent le pouvoir. Mais la parole de Jésus rend attentive à d’autres acteurs, certes moins visibles que les dirigeants politiques du moment. Des acteurs qui font la différence entre la vulnérabilité du corps et la permanence du souffle qui l’habite.

De nos jours, l’utilisation du mot « âme » nous est souvent devenue difficile. À quoi renvoie ce mot ? Le « corps » dont il est question dans notre texte évoque la manière d’être présent au monde. Mais l’âme ? L’Évangile en tout cas ne présuppose pas que l’âme serait un principe d’immortalité. En effet, l’avertissement de Jésus laisse entendre que l’âme pourrait subir le même destin que le corps : être tuée et périr. L’ombre de cet « assassin des âmes » transparaît derrière ceux qui tuent le corps. Le texte ne le décrit pas davantage, mais il met en garde. Et il renvoie à une certaine responsabilité : oublies-tu que le Créateur est ton Père, et qu’il prend soin de toi comme il prend soin d’oiseaux bien ordinaires ?

Nous ne vendons plus de moineaux. Et, pour beaucoup d’entre nous, nous prenons notre parti des cheveux qui se détachent chaque matin de notre cuir chevelu ! Mais les deux comparaisons frappent l’esprit et sont théologiquement choquantes : Dieu n’aurait-il rien donc à faire que de soucier de nos cheveux ? Pourtant avec ces deux comparaisons, Jésus ose bel et bien affirmer sa foi en la bienveillance infinie de celui qui est Père pour lui et Père pour nous. Renier cette découverte, ne serait-ce pas laisser périr notre âme ?


Agnès von KIRCHBACH

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