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Un Esprit de paix, de justice et de miséricorde (22/04/2017)

22 avril 2017

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 22 avril 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix".

Un Esprit de paix, de justice et de miséricorde

Le 1er janvier 2002, pour la Journée mondiale de prière pour la paix, le pape Jean-Paul II avait titré son message : « Pas de paix sans justice, pas de justice sans pardon ». Ce message suivait de quelques mois les attentats du 11 septembre 2001. Nous retrouvons ce ternaire dans l’Évangile de ce dimanche de la divine miséricorde, qui raconte l’un des signes du Ressuscité, pour que nous ayons « la vie en son nom ». À la source de cette vie, Jean désigne le don de la paix, les marques de la Passion et le souffle de l’Esprit.

L’évangéliste témoigne de la paix reçue ensemble avec les autres disciples de Jésus, au moment où ceux-ci étaient en proie au doute et à la crainte de subir le même sort que lui. Dans ce climat d’incrédulité, que nous partageons parfois, le don de la paix reçue du Christ les réveille et ranime leur joie. Comme dans d’autres récits de rencontre du Ressuscité, le don de la paix est indissociable du souvenir du procès de Jésus et des raisons qui l’ont provoqué : la reconnaissance des marques des clous et du coup de lance l’atteste. Entre le don e la paix et le souffle de l’Esprit, pour le pardon ou le maintien des péchés, c’est donc à partir du souvenir de la Passion que les disciples se rendent disponibles à l’accueil du Ressuscité. Non pas dans une perspective doloriste ou sanguinolente, mais dans la lumière de la Résurrection. C’est le Ressuscité qui montre la trace de ses blessures et invite Thomas à les toucher.

Pour réduire en eux la part d’indisponibilité à la promesse d’un christ, Jean invite ses lecteurs à comprendre les marques de la Passion à partir de l’action de Dieu en faveur de Jésus, lui que les hommes avaient rejeté. En effet, celui qui offre la paix est aussi celui qui a subi la justice des hommes en raison d’une autre conception de la justice de Dieu. Aujourd’hui, comme hier, le procès de Jésus est le procès de Dieu et de sa justice. Jésus n’a-t-il pas été condamné à mort au terme d’un procès parce qu’il mettait en cause ce que les « sachants » affirmaient de Dieu et de sa justice ? En remettant la miséricorde à sa juste place, Jésus a restauré la médiation de la loi comme un chemin de vie et non comme un carcan qui enferme et décourage. N’est-ce pas cette pédagogie qui a mis en route les pécheurs publics ? Celles et ceux qui étaient rejetés en raison de l’impureté imputée à une situation de vie ou à une maladie ? Celles et ceux qui entretenaient un rapport hypocrite avec les prescriptions morales ou avec la loi de Dieu ? À tous ceux qui sont tentés de poser des prescriptions impossibles, Jésus rappelle que le don de la vie en son nom est d’abord une vie pour l’homme : pour tout homme et pour tous les hommes. Et non pas l’inverse.

En agissant ainsi, Jésus témoigne de la profondeur de la justice de Dieu : elle s’ajuste à chacun, prend en compte le temps nécessaire et comporte une forte dimension inclusive grâce à la miséricorde et au pardon. Incarnée par Jésus, la justice de Dieu accorde, restaure, restitue sa juste place à chacun, lorsque cette place a été niée, refusée, piétinée. En laissant à Dieu seul le soin d’authentifier ses paroles et ses actes, jusque dans le pardon de ses bourreaux, Jésus fonde un nouveau rapport à la justice de Dieu. Elle n’est plus fondée sur la seule appartenance ethnique ou à la seule obéissance à la loi donnée par Dieu.

Par sa parole et ses actes assumés jusque sur la croix, Jésus fonde la justice de Dieu sur un rapport de filiation, dont Paul déploie, dans sa lettre aux Galates, les conséquences que l’Église met en scène dans le baptême et dans l’Eucharistie : « Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme, ni esclave, ni homme libre » (Ga 3, 28). Il n’y a que des enfants de Dieu. Aujourd’hui comme hier, l’homme est tenté de discriminer selon les préférences, les appartenances ou les origines. Le problème complexe posé par le non-accueil des réfugiés illustre la résistance de l’homme à la justice de Dieu. Dans le souffle de l’Esprit de paix, de justice et de miséricorde, puisse le Seigneur réveiller le juste qui sommeille en nous, afin que la fraternité, inaugurée sans la résurrection, rayonne dans l’Église et dans la société tout entière.

François PICART, prêtre de l’Oratoire

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