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Un chemin pour se mettre en route (13/05/2017)

13 mai 2017

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 13 mai 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Un chemin pour se mettre en route

Des chemins ? Il y en a de toutes sortes : larges ou étroits, aplanis ou remplis de nids de poule, balisés ou sans indication, carrossables ou impraticables ; chemins de fer, chemins de croix, chemins de perdition, chemins de perfection… Ce qui leur est commun, c’est qu’ils attestent tous de la présence d’autrui. Nous sommes précédés : d’autres vivants sont passés par là. Quelles que soient nos marches et nos démarches, avant nous, d’autres ont cherché à traverser la vie. Ils ont fait des efforts. Ils y ont laissé leurs traces. Ils en ont fait cadeau aux générations suivantes. Habituellement, un chemin nous inspire de la confiance. Nous nous sentons en sécurité. Et pourtant, certains chemins sont des impasses. Ils ne mènent à rien. Pire, ils s’arrêtent au bord d’un gouffre ou se referment sur nous comme un piège.

Un chemin à lui tout seul ne suffit pas pour se mettre en route sans danger. Sans vérité, il peut nous amener à la perte de nous-mêmes, à la perte de l’humain en nous, à la perte d’une parole de bénédiction pour le monde. Tous les régimes totalitaires laissent derrière eux les ruines de l’humain, que ce soient les camps d’extermination, les goulags ou les fosses communes dans tant de pays et sur tous les continents.

À l’époque de Jésus, quiconque fréquente comme lui les Écritures connaît la sagesse d’Israël. Les sages affirment que la Torah est le chemin, la vérité et la vie. Les premiers lecteurs de l’Évangile de Jean entendent immédiatement la transposition de cette déclaration sur le Christ. L’Évangéliste dit que, désormais, ce n’est plus la tradition écrite et orale qui indique à elle toute seule le chemin et la vérité de Dieu parmi les humains : la personne de Jésus est indispensable pour comprendre le dessein mystérieux du Créateur. Le Christ est à la fois lecteur et interprète des Écritures. « Où vas-tu ? », interroge Thomas, un des amis de Jésus. « On pourra alors te suivre ». Il fait comme nous : il demande une adresse, une destination à atteindre, un comportement à adopter. Thomas réagit avec les règles du temps anciens, règles qui nous déterminent toujours. Nous recherchons des indications pour notre GPS spirituel. Nous cherchons des informations appropriées pour notre démarche intérieure. La réponse de Jésus « dé-route ».

À ses côtés, nous apprenons à lire autrement, à cheminer autrement. Les promesses de Dieu s’en trouvent éclairées différemment. Les pages du Premier Testament ne perdent pas leur pertinence. Mais en Christ, Dieu répond par une nouvelle réalité. Il ne se contente plus d’indiquer les chemins à emprunter. Il en fait sa propre route pour un accomplissement véritable. Humainement. Avec tout ce que cela comporte : de jour et de nuit, oser la confiance malgré les violences de l’humanité à traverser ; oser une parole qui résiste aux mensonges secrets et aux peurs de manquer l’essentiel ; oser des relations qui délivrent des emprises du mal.

Dans la communauté qui célèbre les chemins de Jésus, les références au passé se sont modifiées. Les références au présent aussi. Oui, l’injustice humaine a provoqué la mort de l’Unique. Non, Dieu ne s’est pas absenté de nos malheurs et de nos fautes. Le relèvement de Jésus bouleverse les compréhensions habituelles. En lui, la distance qui sépare la mort de la vie est déjà parcourue.

Comment ? Plus de chemin à chercher péniblement ? Que faire alors pour accéder à cette place ? « Croyez », répond Jésus à Philippe, à Thomas, à chacun, à chacune d’entre nous. Croyez en moi, demeurez en moi, comme moi je demeure auprès du Père. Recevez déjà ce à quoi aspirent vos cœurs. Vivre en paix devant Dieu. Et avec les autres. Tous les autres.

Agnès von KIRCHBACH

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