Rien n'est impossible à Dieu (23/12/2017) — Porte Saint Martin

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Rien n'est impossible à Dieu (23/12/2017)

23 décembre 2017

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 23 décembre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Rien n’est impossible à Dieu

L’évangéliste Luc est un historien ; il s’attache à aller à l’essentiel. Il écrit à la lumière de Pâques. Jésus est « ressuscité ». La vie est plus forte que la mort. La création est en création. La Parole de Dieu crée, à chaque instant. L’espace est renouvelé, en permanence. Pas de répétition qui réduirait l’homme à n’être qu’un robot. L’histoire est une suite d’événements qui, chacun, font rupture avec le passé et ouvrent un temps nouveau donnant à l’homme une liberté pour un destin toujours à inventer. Dans ce sens, la vie, la vraie vie, est une suite de « miracles » (Karl RAHNER). Dans cette formidable dynamique qui entraîne l’homme dans une continuelle naissance, rien n’est impossible à Dieu.

Dès le commencement, l’Esprit de Dieu souffle sur l’homme, sur cette humanité dont la trame est le support d’un engendrement qui fait de chaque présent une éternité. Lorsque donc Luc écrit le récit de l’Annonciation, c’est dans l’intention de rendre compte de cette « vérité » de l’histoire qui passe par sa foi en la résurrection comme « événement » faisant sens et structurant une nouvelle compréhension de l’homme et du temps. Luc utilise un genre littéraire propre à son époque et son milieu pour rendre intelligible la venue de Jésus dans l’histoire des hommes, son engendrement par l’Esprit comme Messie, vrai homme et vrai Dieu, Fils de David et Fils de Dieu. La virginité de Marie entre alors dans un langage pour dire, parmi d’autres signes, que la naissance de Jésus est la venue du Christ.

Mais Luc ne fait pas que se plier au genre littéraire de son temps pour raconter une histoire. Dans le récit de l’Annonciation, il fait passer des messages. L’intervention de l’ange Gabriel indique d’ailleurs bien que le sens de la naissance de l’homme-Jésus est à décrypter : c’est l’engendrement du Messie par Dieu. Fondamentalement, Luc montre que Marie accueille la vie. Et, en accueillant la vie, elle accueille Dieu, le Dieu de la Création qui fait de l’homme son partenaire. Elle n’est pas sous le coup d’un endoctrinement qui viserait à transformer la réalité dans le but d’une prise de pouvoir : ce qu’elle vit en tant que femme est de l’ordre du sensible, celui d’une liberté intérieure qui lui permet d’accueillir la vie dans sa radicale nouveauté. Elle est « toute bouleversée ». Elle ne réagit pas aveuglément, comme une automate ; elle s’interroge et veut comprendre. L’ange la rassure : « Sois sans crainte. » Le désir de la vie chez Marie et l’acceptation de l’imprévu l’emportent sur celui de la maîtrise, sa confiance en la vie domine ses peurs, sa disponibilité est un acte d’amour qui permet effectivement à la nouveauté de surgir dans son histoire singulière et, par là même, dans l’histoire même de l’humanité. Sa foi dans le Dieu de la Création que lui ont enseigné les Textes saints passe par un dessaisissement. Par le don. La gratuité. C’est d’ailleurs en cela qu’elle devient « mère ». Qu’elle enfante Jésus en accueillant l’Esprit. Qu’elle participe à l’acte créatif. Jusqu’au pied de la croix.

Marie, personnage du début du 1er siècle, est une figure étonnamment moderne. Elle est un modèle d’humanité qui passe les siècles. Plus que jamais, dans un monde en plein bouleversement dans lequel il s’agit d’accueillir la nouveauté de l’homme, elle représente un modèle de liberté qui s’ouvre à la vie pour l’inventer. Cette figure que dessine Luc dans son récit nous renvoie à nous-même dans notre capacité à engendrer la vie au cœur même de notre histoire. La figure de Marie oblige aussi l’Église à s’interroger sur sa façon d’annoncer Dieu à ce nouveau monde qui parle un nouveau langage dans une nouvelle culture. Dans le récit de l’Annonciation, l’accueil de Dieu ne passe pas par un « savoir » – si même le savoir peut être utile et même nécessaire par ailleurs –, mais par une reconnaissance de Dieu dans l’humain, dans l’histoire d’un individu à travers sa singularité, à partir de son intelligence et sa capacité à s’interroger et découvrir les signes, dans un désir d’engendrement que tout homme porte en lui.


Daniel DUIGOU 

 

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