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Puissant ou misérable, mais capable de Dieu (30/06/2018)

30 juin 2018

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 30 juin 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Puissant ou misérable, mais capable de Dieu

À première vue, plusieurs arguments conduisent à lire ce texte, imbriquant deux récits, en mettant l’accent sur les deux femmes qui bénéficient de l’action de Jésus : le chiffre 12 ; le mot « fille », qui sert à les désigner toutes les deux malgré leur différence d’âge ; le verbe « sauver » pour qualifier l’intervention de Jésus, bien que les modalités pour les ramener à la vie soient différentes.

Une autre lecture est toutefois possible qui met l’accent sur les personnes qui s’adressent à Jésus : la femme qui « avait des pertes de sang depuis douze ans » et Jaïre le chef de la synagogue. L’une est réputée impure selon les prescriptions du Lévitique. Elle ne peut mener une vie conjugale normale. Elle est obligée de se tenir à l’écart. Elle n’ose pas s’adresser à Jésus, et essaie de bénéficier de sa présence à la dérobée.
À l’inverse, le chef de la synagogue, un notable, bénéficie d’une situation en vue : il n’est pas le chef de la communauté, mais il est responsable de ses réunions cultuelles, chargé d’organiser les tâches liturgiques. Il a une famille, des gens à son service et un entourage qui pleure son malheur. Il sait parler en public et peut solliciter Jésus publiquement et avec une certaine liberté sans s’en tenir aux codes médicaux.

Sous cet angle, les catégories légales du pur et de l’impur qui organisaient pour une part la vie religieuse et sociale de l’époque, en créant un clivage au sein du peuple de Dieu, sont transcendées par l’attitude de Jésus. À l’inverse de la fable de La Fontaine, « selon que vous serez puissant ou misérable… », il accueille l’un et l’autre dans leur vérité et dans leur fragilité. La fragilité est manifeste pour la femme. Mais l’agonie de la fille de Jaïre se présente comme une menace : à ses propres yeux, elle risque de balayer les signes de sa réussite. Ce faisant, Jésus les révèle à eux-mêmes selon un itinéraire de foi où la femme précède Jaïre.

Guérie par sa foi en Jésus, la femme peut raconter « toute la vérité ». Elle inclut non seulement le fait d’avoir enfreint les règles en se trouvant dans la foule et en touchant Jésus, alors que son état le lui interdisait. Mais plus profondément la vérité de sa vie lui paraît sous une nouvelle lumière, celle de la miséricorde de Dieu dont elle a bénéficié. À l’intérieur de cette relation éclairée par l’amour de Dieu, elle renaît dans sa dignité de femme appelée à vivre du don de Dieu comme tout être humain. Sa foi et sa prise de parole authentique la sauvent non seulement du mal dont elle souffrait et de l’isolement qui en était la conséquence, mais aussi de la connaissance inauthentique de sa vie réduite à son statut légal : elle n’est pas impure, mais capable de Dieu.

Laissés à leur solitude, la femme et Jaïre sont renvoyés à leur part de vérité qui les juge, les condamne ou les laisse prisonniers de leurs propres impasses. À l’inverse, l’amour de Dieu incarné par Jésus, les révèle à eux-mêmes en éclairant ce qu’ils sont pour Dieu. À ce titre, cette péricope contient une dimension de révélation qui éclaire peut-être la précision de Marc : Jésus emmène avec lui les trois mêmes disciples, Pierre, Jacques et Jean qui furent témoins de la Transfiguration et de l’agonie à Gethsémani. Cette scène mérite aussi à la fois le secret et l’attestation pour être comprise à la lumière de la foi pascale, et non pour la dimension extraordinaire qui les détournerait de celui qu’est Jésus pour Dieu. La paix recherchée par l’un et l’autre, et offerte par Jésus, est à ce prix.


François PICART, prêtre de l’Oratoire

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