Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

"Prêtres, je vous avertis!" (04/11/2017)

4 novembre 2017

Billet de spiritualité de Gabriel RINGLET paru le samedi 4 novembre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix".

« Prêtres, je vous avertis ! »

Matthieu se déchaîne au chapitre 23 ! Le voici lancé dans un pamphlet contre les scribes et les pharisiens à faire trembler les synagogues les mieux enracinées. Avec des perles empoisonnées du genre : « ls disent mais ne font pas », « Ils agissent pour être remarqués » … en portant sur eux des phylactères plus larges et des rubans plus longs que la moyenne !

Les phylactères ou tephilîn sont de petits boîtiers en cuir attachés par des lanières au front, près de l’esprit, et au bras gauche, près du cœur. Ils contiennent, écrits sur parchemin à l’aide d’une encre spéciale, quelques versets de la Bible faisant mémoire de la prévenance de Dieu pour son peuple. En particulier, ce passage du Deutéronome : « Écoute, Israël ! (…) Tu aimeras YHWH ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Conserve au plus profond de toi ces paroles (…) Attache-les en signe à ton bras, comme pendentif entre tes yeux » (Dt 6, 5-7).

La frange, de son côté, qu’on appelle aussi ruban, sisit en hébreu, est composée de quatre fils de laine noués à quatre coins du vêtement. Le nombre de nœuds, 26, étant égal à la somme des lettres ou chiffres du nom de YHWH.

Jésus portait le tephilîn et le sisit. L’Évangile en atteste lorsque la femme atteinte d’hémorragie depuis 12 ans « touche le sisit de son vêtement » (Mt 9, 20). Mais il ne supporte pas le détournement de ces signes ! Les franges et les phylactères indiquent la discrétion d’une présence. Les scribes et les pharisiens en ont fait les insignes indiscrets d’un orgueil. Ils portent sur eux les parchemins de la Torah, mais le parchemin de la vie, ils l’ignorent. Leur tenue vestimentaire leur tient lieu de compétence, dit Jean DEBRUYNNE. L’uniforme dans le sens le plus littéral de sa médiocrité : la non-diversité. Pauvre Dieu assigné à résidence par les adeptes du paraître ! Est-ce vraiment une histoire ancienne ? Chaque église, chaque temple, chaque mosquée peut s’interroger. Où sont les phylactères trop larges et les rubans trop longs ?

« Rien de nouveau sous le soleil » aurait dit Qohélet. La preuve par Malachie, cinq siècles avant Jésus-Christ : « Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement : si vous n’écoutez pas… j’enverrai sur vous la malédiction… Vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude. » Avec cette question encore : « N’avons-nous pas tous un seul Père ? » (Ml 2, 1-2a.8b.10).

Jésus arrive, si près de Malachie, comme si, s’agissant du clergé, cinq siècles ne faisaient que cinq jours… « Ne donnez à personne le nom de Père car vous n’avez qu’un seul Père » (Mt 23, 9). Abaissez-vous, car la terre et les hommes sont « en bas ». Dieu lui-même s’est abaissé.

Et si après cela un prêtre s’interroge encore sur son statut, sur son titre, sur son vêtement… Paul vient lui offrir un formidable témoignage : « Nous avons été au milieu de vous plein de douceur, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu’elle nourrit. Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais tout ce que nous sommes » (1 Th 2, 7-8).

Ne serait-ce pas le moment de s’appuyer sur les écrits de Malachie et de dire : prêtres, je vous avertis, les signes extérieurs ne sont rien. Une seule chose compte : donner l’Évangile et c’est beaucoup. Le donner avec douceur. Le donner avec affection. Avec tout ce que vous êtes.


Gabriel RINGLET

ringlet gabriel 20161223.jpg

 

 

<< Go back to list