Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Document Actions

"Pour qu'en voyant ce que vous faites de bien" (04/02/2017)

4 février 2017

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 04 février 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

« Pour qu’en voyant ce que vous faites de bien… »

Nous connaissons l’usage du sel pour conserver les aliments, pour adoucir l’acidité (d’une orange par exemple) ou pour donner de la saveur à un plat. Si l’action du sel est de révéler la saveur d’autre chose, un détour par la métaphore de la lumière nous aidera à chercher comment être « sel de la terre » et « lumière du monde ».

Il est aujourd’hui fréquent d’associer cette lumière à des « valeurs ». C’est du moins ce qui est entendu dans nombre de demandes de baptême ou de mariage religieux, ou même parfois lors des inscriptions dans un établissement catholique d’enseignement. Quelle est cette « communauté de valeurs » auxquelles les chrétiens seraient censés adhérer ? Quelles sont ces « valeurs » censées expliciter leur mission dans la société ?

L’éclatement des chrétiens présents au sein des différents courants d’idées contemporains indique que la référence aux valeurs est insuffisante pour chercher où et comment la lumière du Christ brille pour l’humanité. Plus grave, le terme « valeur » est souvent un fourre-tout qui favorise l’imprécision, quand ce n’est pas l’ambiguïté. Ainsi, dans le débat actuel sur l’euthanasie, partisans et adversaires de cette pratique ont recours à la valeur de « dignité » humaine. Loin de nous conduire à la lumière du Christ, les seules « valeurs » nous laissent dans le brouillard du flou, de l’imprécision, voire de l’idéologie. Le rayon de soleil qui pourra dissiper cela est à chercher dans l’articulation des deux éléments composant cette phrase : « De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt V, 16).

La notion de « ce que vous faites de bien » (ou plus couramment de « bonnes actions ») nous renvoie au champ des valeurs, qui n’est donc pas à rejeter, loin s’en faut. En revanche, cela ne suffit pas, sans l’éclairage qui vient du lien entre les « bonnes actions » et « la gloire de (n)otre Père ». Mais la vie de Jésus illustre la difficulté de relier les deux. En effet, Jésus était connu comme quelqu’un qui faisait le bien : « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du Diable, car Dieu était avec lui » (Ac X, 38). Or, il a été condamné à mort pour cela.

Car « faire le bien » à la manière de Jésus transgressait les systèmes de valeurs juif et grec : ce qui est sagesse aux yeux de Dieu est scandale pour les juifs et folie pour les grecs (cf. 1 Co). Dans une approche chrétienne, Jésus est passé en faisant le bien de telle sorte que chacun des deux systèmes de valeurs a implosé, pour laisser la place à une Parole de vie en plénitude, accessible à tous. En Jésus, ce n’est pas un système particulier de valeurs qui devient universel. En Jésus, la Parole de vie qu’il incarne dans sa miséricorde est première. Elle démasque le mal qui opprime chacun pour l’en libérer, y compris lorsque des « valeurs » se révèlent trop rigides : les valeurs sont faites pour l’homme plus que l’homme pour les valeurs ! En Jésus, faire le bien ne conduit pas à nourrir un appétit de reconnaissance ou d’appartenance particulière. Car Jésus laisse à Dieu seul le soin d’authentifier la manière dont il a fait le bien, comme le chemin d’accès à la vie en plénitude. À la résurrection, la gloire de Dieu a fait irruption dans l’histoire de l’humanité pour éclairer cette manière singulière de « faire le bien », grâce à laquelle le « mur de la haine » entre deux systèmes de valeurs (le système juif et le système païen) a été abattu au profit du nouveau Peuple de Dieu (cf. Ep 2).

Telle la lune qui réfléchit la lumière du soleil, la mission des disciples de Jésus est d’être reflets de la lumière du Christ, en incarnant ensemble cette capacité à faire le bien que Jésus présente en chaque être humain, avant tout système de valeurs. Où l’on retrouve la métaphore du sel dont l’action révèle la saveur d’autre chose : être « sel de la terre » consiste à révéler la capacité des autres à faire le bien à la manière de Jésus. Pour être « lumière du monde », soyons « sel de la terre » en étant des vecteurs de la miséricorde, de sorte que, toujours et partout, celles et ceux qui luttent contre la présence multiforme du mal, accèdent à une expérience toujours plus lumineuse.

Ainsi, gloire sera rendue à Dieu.

François PICART, prêtre de l’Oratoire

picart françois 20161223.jpg

 

<< Go back to list