Ouvrir l'intelligence des Ecritures (14/04/2018) — Porte Saint Martin

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Ouvrir l'intelligence des Ecritures (14/04/2018)

14 avril 2018

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 14 avril 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Ouvrir l’intelligence des Écritures

Après l’épisode de la rencontre sur la route vers Emmaüs lorsque Jésus se fait reconnaître « par la fraction du pain », Luc raconte un nouvel épisode, celui de la dernière fois où les disciples « voient » Jésus avant la séparation définitive. Il est « au milieu d’eux ». Il est donc bien présent, mais c’est une présence différente de celle d’avant. Ainsi, Jésus leur rappelle ses propres paroles quand il « était », souligne Luc, « encore » avec eux. Mais alors, de quelle présence s’agit-il ? Il y a un premier indice : Jésus leur « parle » au cœur de l’événement, il les interpelle dans leur foi. Sa Parole est déjà présence au cœur même de la réalité que vivent ensemble les disciples. Cette Parole qui est à « entendre » les renvoie à ce qu’il leur avait déjà dit : « Lorsque vous serez deux ou trois réunis en mon nom, je serai là. » Il s’agit d’un nouveau regard et d’une nouvelle écoute qui ouvrent un nouveau type de rapport entre le Christ ressuscité et les disciples.

Ensuite, Jésus se fait reconnaître par ses blessures : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! » Il ajoute même : « Touchez-moi. » On est dans le concret de ce qui fait la chair de l’homme. Mais de quelle chair s’agit-il ? Ces paroles renvoient à d’autres interpellations de Jésus rapportées par l’un ou l’autre des évangélistes. En substance, Jésus ne leur avait-il pas dit que, lorsqu’ils rencontreront le plus pauvre, c’est Lui qu’ils rencontreront… Lorsqu’ils donneront à manger à celui qui a faim, c’est à Lui qu’ils donneront à manger… Lorsqu’ils donneront leur manteau à un individu nu, c’est à Lui qu’ils le donneront ? Ainsi, Jésus est cet « autre », ce « pauvre », celui qui est dans le manque et qui appelle : il est présent dans le don à l’autre, comme il l’a pleinement été, lui, Verbe fait chair, en haut de la croix, ouvrant à jamais à l’homme le chemin de la rédemption. Dans le don, Jésus est « le vivant » qui puise son être dans celui de son Père ; il est celui qui libère (Jésus : « celui qui sauve »).

Enfin, parmi les autres signes que Jésus donnera à ses disciples après sa mort, il y a surtout celui que Luc met particulièrement en avant dans son évangile : il « accomplit » les Écritures, qui comprennent la Loi, les Prophètes, et les Écrits comme les Psaumes. Jésus ne s’est pas contenté de les lire et les commenter : dans cette nouvelle présence, il est le premier homme depuis Adam qui se soit levé d’entre les morts. Jésus réalise la Promesse de Dieu ; c’est parce qu’il « accomplit » les Écritures qu’il peut les faire comprendre. Jésus ouvre ainsi une nouvelle intelligence des Écritures. Que celui qui a des yeux pour voir, voie ; que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !

Ce passage de l’Évangile de Luc se termine par l’appel au témoignage, dans une ouverture à l’universel. La foi, pour l’évangéliste, c’est de vivre de cette Parole qui libère, et de la proclamer à « toutes les nations ». Dans cette nouvelle compréhension des Écritures à partir de la Parole du Christ ressuscité, la conversion et le pardon s’étendent à tous les êtres humains. Adam n’est pas seulement le père des juifs, mais de tous les hommes. C’est en vivant de cette Parole dans le partage et l’accueil de « l’autre », de « l’étranger », qu’un nouveau regard et qu’une nouvelle écoute de ce qu’est la vraie vie et le vrai amour sont possibles. Le témoignage, comme l’ont fait les disciples après leur rencontre avec le Christ ressuscité, c’est de dire ce qui se vit en vérité dans la foi au ressuscité. À l’Église, peuple de Dieu, c’est-à-dire à nous tous les baptisés qui formons le Corps de Christ, d’en faire l’expérience chaque jour, concrètement, dans notre propre chair, et de trouver les mots pour rendre témoignage de cette Parole du vivant dans l’« Aujourd’hui » (Lc 4, 21) de notre temps.


Daniel DUIGOU

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