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Nos possessions et nos manques (25/02/2017)

25 février 2017

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 25 février 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Nos possessions et nos manques

Il est tout à fait possible d’avoir deux employeurs différents. Aujourd’hui, quand le salaire obtenu à travers un petit boulot à temps partiel ne suffit pas pour faire face aux dépenses courantes, bien des personnes autour de nous sont, financièrement, soulagées quand elles peuvent cumuler deux emplois. Sur ce point, la situation d’aujourd’hui n’est pas très différente des conditions de travail en vigueur aux premiers siècles de notre ère. Sauf que, alors et en général, c’étaient les patrons qui se partageait le coût d’un esclave ; ce dernier n’avait rien à choisir. Juste à obéir à chacun de ses maîtres et à leurs ordres éventuellement contradictoires et impossibles à satisfaire en même temps. D’où les sentiments de rejet ou de haine, mentionnés par le texte de l’Évangile.

Ou Dieu ou l’argent. Certaines traductions ont gardé le mot ancien « Mammon », utilisé comme un nom propre. Ce que Jésus dénonce ne se situe pas au niveau professionnel. L’avertissement renvoie à la problématique qui parcourt tout le Premier Testament. Un combat pour discerner entre le vrai et les représentations du vrai. La réduction du Dieu qui « donne » la vie à un symbole inerte, alerte les prophètes de tous les temps.

Le mot « Mammon » ou sa traduction (« Argent, Bien, Possession ») renvoie à une œuvre humaine et à son utilisation. La valeur de cet « argent » dépend du contexte dans une société donnée. Mais, depuis le fond des âges, on le sait bien : une inversion spirituelle subtile peut aveugler les humains. Le plaisir de la possession d’un bien –matériel ou spirituel- vient alors se substituer aux échanges réels avec un Autre, vivant en face de nous, source de notre identité aujourd’hui même. Le premier « argent » déplacé de son emplacement vivifiant mentionné par la Bible est ce fruit, censé combler le manque existentiel qu’est l’ouverture de l’humain vers son semblable et leur créateur commun (cf. Gn 3). Dans ce récit, la « possession » va boucher l’accès à la confiance et produire la « mort ». Les idées sur Dieu mises en circulation par les personnages du récit évincent le Vivant réel du dialogue entre les créatures et l’expulsent comme s’il était un malfaiteur.

Dieu et l’« argent » : comment est-il possible de les confondre ? C’est que l’image qu’on se fait de Dieu lui ressemble. Le portrait peint ou la photographie d’une personne évoquent réellement la personne mais ces représentations peuvent-elles la remplacer ? Que dire d’une amitié ou d’un amour où l’un des partenaires affirme qu’une représentation, aussi fidèle soit-elle, lui suffit, que la rencontre physique n’est plus nécessaire ?

Dieu et l’« argent ». Nos possessions sont multiples. Nos peurs et nos manques aussi. Le passage de l’Évangile lu aujourd’hui en indique certains : nourriture, boisson, vêtements. Tout cela fait partie du quotidien. Nous sommes insérés dans un monde concret, un monde à aimer. Mais un monde déjà aimé par celui que Jésus appelle « votre Père céleste ». Pour lui, ce n’est pas un scoop qu’il faille travailler et faire des efforts pour satisfaire les besoins élémentaires de la vie. Mais comment gérons-nous nos peurs et nos soucis ? Est-ce que nous les possédons comme s’il s’agissait d’« argent », d’un « bien » qui nous éloigne du Créateur ?

Bien souvent, ce passage d’Évangile a été considéré comme un éloge de la naïveté ou de l’insouciance, écrit pour des personnes nanties, sans soucis, parce qu’elles possèdent déjà tout le confort souhaité. Certes, ce passage doit les concerner. Mais si la vraie question était ailleurs ? Jésus indique le manque comme une condition nécessaire pour vivre devant Dieu : l’ouverture du cœur, la confiance, l’espérance et l’amour en dépendent. Dieu ne se retire pas de nos existences blessées. Et nous ?

En somme, le Christ nous dit : cherchez à attester le Royaume de Dieu : il peut être trouvé en tout, et tout peut être trouvé en lui.

Agnès von KIRCHBACH

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