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Mgr GRALLET : "Nous devrons nous recentrer sur l'essentiel" (03/11/2011)

3 novembre 2011

Article d'Hervé de CHALENDAR paru le jeudi 3 novembre 2011 dans les pages "région" du quotidien régional "L'ALSACE"

Mgr GRALLET : "Nous devrons nous recentrer sur l'essentiel" (03/11/2011)

Mgr GRALLET : « Je crois que le pape veillera à ce que la relève ne traîne pas. J’ai bon espoir que, pour le printemps, on puisse savoir qui nous sera donné. » (Photo Dominique GUTEKUNST)

Mgr GRALLET : « Nous devrons nous recentrer sur l’essentiel »


« Privés de Mgr JORDY, nous vivrons une rentrée pastorale plus délicate » avait écrit Mgr GRALLET, en saluant le départ de son évêque auxiliaire pour Saint-Claude. L’archevêque de Strasbourg revient pour nous sur les difficultés auxquelles son diocèse est confronté.

Mgr GRALLET, alors que l’un de vos évêques auxiliaires, Mgr KRATZ, souffre d’un problème rénal, le deuxième, Mgr JORDY a été nommé en juillet à Saint-Claude. Or, le diocèse d’Alsace est l’un des plus importants de France. Comment avez-vous accueilli cette nomination ?
J’ai dit mon étonnement que l’un de mes collaborateurs proches soit appelé ailleurs alors que l’autre connaissait un moment de fatigue. Mais là s’arrête la plainte ! Nous avons appris à positiver après la difficulté.

Vous avez aussitôt demandé le remplacement de Mgr JORDY. Serez-vous entendu ?
Je crois que le pape veillera à ce que la relève ne traîne pas. J’ai bon espoir que, pour le printemps, on puisse savoir qui nous sera donné. Le pape a de la considération pour Strasbourg, je le sens. Compte tenu des tâches que nous avons projetées, nous ne serons pas de trop avec un archevêque et deux évêques.

Avez-vous pu en parler à Benoît XVI à Fribourg ?
En réalité, je l’ai moins rencontré à ce moment-là que lorsque j’étais en tête-à-tête avec lui à l’été 2010, à Rome. À Fribourg, nous étions dans un grand ensemble, nous ne pouvions pas aborder cette question.

Dans votre message saluant le départ de Mgr JORDY, vous avez annoncé qu’il fallait « hiérarchiser les tâches et les urgences ». Qu’est-ce que ceci signifie concrètement ?
Par exemple, nous avons prévu de visiter à partir de cette année les 14 zones pastorales d’Alsace. Ces visites font partie du cahier des charges de tout évêque : il ne peut pas rester dans son bureau, il doit aller voir les gens où ils sont. Depuis cette rentrée jusqu’à l’été prochain, je ferai la visite pastorale de l’agglomération de Strasbourg : j’ai déjà bloqué vingt week-ends pour ça. J’irai dans une école, un hôpital, même un centre commercial… De son côté, Mgr KRATZ visitera la zone de Thur-Doller. En revanche, la zone d’Haguenau, qui était aussi programmée, devra attendre une année. Dès que nous serons à nouveau trois, nous visiterons trois zones par an.

Mgr KRATZ sera-t-il en état d’assurer cette visite pastorale ?
Il met beaucoup de cœur dans ses activités, c’est un homme très positif. Il est vrai qu’il attend une greffe et qu’il doit commencer une dialyse à domicile, mais il pourra malgré tout faire des déplacements en journée. On verra. Vous savez, il y a les questions d’ordre organisationnel, mais je l’ai reçu aussi comme une question d’ordre moral. Ceci nous conduit à nous demander : « Au fait, qu’est-ce qui est important pour nous chrétiens ? » Nous avons trois missions essentielles : annonce de la foi, qualité liturgique et sens de la charité. Elles doivent rester au cœur. Nous devons nous recentrer sur l’essentiel.

À ce problème d’effectif s’ajoute en outre un problème financier : vous aussi, vous subissez la crise…
Les gens restent généreux, mais disposent sans doute de moins d’argent, et nous le ressentons. En Alsace, l’Église a des moyens de bien travailler, mais nos moyens matériels sont relativement limités. Ainsi, nous n’avons pas pu construire la maison diocésaine que nous envisagions près du centre Saint-Thomas à la Robertsau. Nous sommes dans une situation pas encore difficile mais plus délicate, mais je voudrais dire que s’il y a une chose qui ne changera pas, et qui devrait même augmenter, c’est la qualité de mon moral ! On peut nous prendre beaucoup de choses, mais on ne pourra m’enlever ni ma foi ni mon moral ! Qu’est-ce qui va faire le bonheur du croyant ? Le sentiment que Dieu fait attention à lui, et que cet amour qui vibre dans son cœur, il peut le partager. Pour moi, c’est ça l’Église catholique ! J’aime cette remarque que m’a faite un malade dans les rues de Lourdes ; il m’avait dit : « Au fond, au paradis, nous n’emporterons que ce que nous avons donné… » C’est beau, non ?

On sait la tâche d’évêque harassante. Ne risque-t-elle pas de devenir trop lourde ?
Je ne peux imaginer que Dieu me demande de faire ce que je ne peux pas faire. J’ai le sentiment d’être dans une obéissance tranquille à sa volonté. Je travaille, et plutôt beaucoup, mais ce que je n’ai pas pu faire, c’est que je n’avais pas à le faire. J’ose le redire, je reçois ce moment comme un coup de fouet spirituel. Le responsable de ce diocèse doit grandir dans la foi, puisqu’il ne peut pas s’appuyer sur autant de moyens matériels qu’avant. J’en ressens une forme de paix plus forte. C’est paradoxal, mais c’est sans doute ça l’expérience de la foi…


Hervé de CHALENDAR

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