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Mais c'est de nuit... (12/08/2017)

12 août 2017

Billet de spiritualité de François PICART par le samedi 12 août 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 « Mais c’est de nuit… »

Cette scène se déroule de nuit. Elle présente Pierre comme le type du disciple confronté, dans sa foi, à la peur génératrice de doute. Le doute de Pierre n’est pas ici d’ordre méthodologique, ni ne relève d’un raisonnement. Si le doute méthodologique par lequel le disciple du Christ cherche à approfondir sa foi n’est pas incompatible avec celle-ci, en revanche, dans l’interpellation de Jésus, le doute produit par la peur manifeste l’absence de confiance en lui.

Pierre doute parce qu’il ne parvient pas à contrôler sa peur. Elle le submerge comme les flots dans lesquels il s’enfonce, ce monde marin, inconnu et menaçant pour les peuples du désert dont est issu le peuple d’Israël. Dans l’Évangile de Matthieu, nous retrouvons d’autres exemples où le sentiment de peur est présenté comme un obstacle à la foi. Ainsi dans le récit de la tempête apaisée : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? », demande Jésus (Mt 8,26). Dans le Livre de la Genèse, Adam répond à Dieu, qui le cherchait, qu’il se cachait parce qu’il avait peur (Gn 3,10). Dans l’Évangile de Marc, la découverte du tombeau vide suscite la peur des femmes (Mc 16,5, 8), tandis qu’en Luc 24,37, la manifestation du Ressuscité aux disciples les laisse « saisis de frayeur et de crainte », alors que celui-ci leur offrait sa paix !

En tant qu’obstacle à la relation de confiance à laquelle le Seigneur appelle ses disciples, les sentiments de peur, d’angoisse ou de frayeur sont à distinguer de la « crainte du Seigneur », écho de la grandeur de Dieu. Ils manifestent plutôt un écart au regard de la relation de confiance à laquelle le Ressuscité invite le disciple. Cet écart ouvre l’espace d’un itinéraire. Celui que Jésus a parcouru depuis la peur et l’angoisse suscitées par la perspective d’un procès et du calvaire qui l’attendaient, jusqu’à la confiance exprimée depuis sa prière à Gethsémani et l’abandon entre les mains de son Père sur la croix. Un itinéraire dont l’incarnation du Fils révèle qu’il est accessible à tout homme. Mais c’est de nuit, comme le chante Jean de La Croix.

Nuit de l’hostilité à Jésus et de la violence qui la caractérise : son rejet à Nazareth, l’assassinat de Jean Baptiste juste avant le récit de la multiplication des pains qui précède cette scène de la marche sur l’eau.

Nuit de l’Église des premiers siècles confrontée aux persécutions de ses membres, nuit de l’Église aujourd’hui confrontée au renouvellement des médiations de sa fécondité.
Nuit de la peur qui habite les malades dans la solitude des hôpitaux, les réfugiés obligés de quitter leur terre natale pour l’inconnu, et tous les perdants des bouleversements affectant notre société.
De la même manière que c’est souvent de nuit que Jésus priait son Père, c’est aussi « de nuit » que le Christ rejoint ses disciples qui livrent le combat de la foi pour quitter les fantômes avec lesquels ils le confondent, et adhérer au « Fils de Dieu » en tant qu’il arrache à l’abîme (cf. Ps 18,17 ; Ps 32,6 ; Ps 144,7 ; Is 43,2).
Confondu avec un fantôme, Jésus suscite la peur. Mais confessé comme Fils de Dieu en réponse à son appel à le rejoindre « sur les eaux », il suscite la confiance nécessaire pour avancer.

Une nuit qui se décrypte à la lumière de la nuit de Jésus à Gethsémani, étape de l’itinéraire pascal de Jésus. Elle indique que l’action de l’Esprit requiert l’abandon de soi. Une démarche qui est de moins en moins familière dans la culture de l’autonomie et d’une part de volontarisme où nous évoluons. Elle laisse peu de place à la forme de dépendance que requiert la démarche d’abandon de soi. À Gethsémani, Jésus incarne une autre attitude et révèle la capacité de l’homme à faire face à sa peur au moment où celle-ci semble le submerger. Lorsque nous avançons de nuit, personnellement ou en sympathie avec des proches, abandonnons-nous au travail de l’Esprit qui libère les sources de la confiance pour renoncer à nos fantômes et adhérer au Christ qui nous rejoint afin de nous appeler à aller de l’avant.

François PICART 

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