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L'Homme, fragile sanctuaire de Dieu (21/10/2017)

21 octobre 2017

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 21 octobre 2017 dans les pages "religion et spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

L’Homme, fragile sanctuaire de Dieu

Présent dans les trois évangiles synoptiques, l’adage est connu : « Rendez à César ce qui est César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Il est souvent utilisé pour attribuer le mérite d’une action à son véritable auteur, ou de façon anachronique pour justifier une laïcité de séparation qui nous sortirait d’un régime de chrétienté.

Alliés aux partisans du roi Hérode, les pharisiens cherchent à piéger Jésus : s’il est partisan de payer l’impôt, il légitime l’autorité de l’empereur, symbole d’un pouvoir idolâtré. Il passerait alors pour un collaborateur de l’occupant romain, peu compatible avec sa mission de Messie libérateur attendu par les Juifs. S’il refuse, il pourra être accusé d’être un agitateur, un rebelle, et dénoncé comme tel par ses ennemis.

Jésus s’en sort par le haut, en déplaçant le raisonnement du registre politicien des petits arrangements entre amis ayant un intérêt commun vers le registre du politique chargé du bien commun de la cité. Il commence par confondre les pharisiens qui, par leur pratique, répondent à la question posée. Puisqu’ils possèdent la monnaie de l’impôt, ils participent déjà de ce réseau de relations qui se réfère ultimement à l’empereur romain. Leur perversité est démasquée.

Pour interpréter le « ce qui appartient à Dieu », reprenons la notion d’effigie avec laquelle Jésus répond à ses interlocuteurs. Si celle de César est sur les pièces de l’impôt, où est celle de Dieu, sinon dans l’épiphanie qu’en donne celui qui s’exprime ? Jésus incarne la manifestation de Dieu, accomplissant dans son humanité la promesse contenue dans la création de l’Homme à l’image de Dieu : « Dieu fit l’Homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » (Gn 1, 27). Jésus révèle à l’humanité sa grandeur, ce que le document conciliaire Gaudium et spes exprime en désignant la conscience humaine comme un « sanctuaire ». Cette conception est renforcée par la parabole du jugement dernier (Mt 25, 40), où le Ressuscité s’identifie avec celles et ceux qui auraient bien des raisons d’en douter. Nous portons tous ce trésor dans des vases d’argile. C’est pourquoi, de génération en génération, cette promesse dont l’Homme bénéficie gracieusement est à reprendre dans une perspective éthique : elle est aussi une responsabilité envers celles et ceux qui sont confrontés à la complexité et la dureté de l’existence.

À la différence de l’effigie de César sur des pièces de monnaie formatées, l’effigie de Dieu dans la pâte humaine relève d’un paradoxe, celui d’un « néant capable et rempli de Dieu, s’il veut… », bien exprimé par Pierre de Bérulle, repris par Pascal sur ce point. « Ce qui appartient à Dieu » peut être compris comme la fidélité avec laquelle Dieu prend soin d’une parole proposée pour alimenter l’espérance de celles et ceux qui cheminent, en laissant travailler leur complexité par elle : « Ta foi t’a sauvé », ne cesse de dire Jésus à ses interlocuteurs. Ceci suppose des espaces de respiration, de liberté et de créativité permettant à chacun de trouver une juste place. La responsabilité du politique est engagée lorsque, dans des pans chaque jour plus importants de nos existences, l’irruption des nouvelles technologiques dérive en un calibrage et un formatage qui menacent la capacité créatrice de l’être humain.

En effet, dans la bouche du juif Jésus, désigner l’Homme comme porteur de l’effigie de Dieu implique de prendre en compte sa transcendance. À ce titre, cette effigie précède et juge celle de César, de même qu’elle juge l’effigie ou « la marque » dirait-on aujourd’hui de tous les systèmes, au sens où Camus disait qu’« une société se juge à l’état de ses prisons », à celle des lieux privatifs de liberté peut-on compléter pour inclure les centres de rétention administrative. Compte tenu du chaos qui y règne, la réponse de Jésus rappelle fort pertinemment tous les acteurs de la vie de la cité, religieux et politique, à leur responsabilité : celle de veiller sur la digne condition de l’Homme.


François PICART

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