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L'esprit scout : un chemin de foi (10/07/2010)

10 juillet 2010

Articles parus dans le quotidien chrétien "La Croix" sur le scoutisme.

L’esprit scout : un chemin de foi

Qu’ils soient catholiques, protestants, musulmans, juifs ou bouddhistes, les scouts partagent une réelle soif de spiritualité et un socle commun de valeurs

 
Comment expliquer le succès constant du scoutisme en France, toutes confessions et tous mouvements confondus ? Sans doute parce qu’en ces temps d’incertitude et de crise des valeurs, l’école de vie instituée il y a un peu plus de 100 ans par Robert Baden-Powell continue d’offrir aux jeunes la possibilité de nouer des amitiés solides, de se construire en prenant des responsabilités et de devenir des adultes épanouis. Mais cela ne suffit pas à justifier un tel engouement. Dans une société paradoxalement très sécularisée, la dimension spirituelle est souvent invoquée par les parents et les jeunes eux-mêmes pour expliquer leur attachement au scoutisme : « Le “temps spi” est quelque chose que j’attends toujours avec impatience », témoigne ainsi Pierre Bitaud, scout protestant de 18 ans.

Pour ce membre des Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, « faire du scoutisme sans spiritualité, c’est comme faire du sport sans se fatiguer », autrement dit passer à côté de quelque chose d’essentiel. À travers les moments de partage et les méditations bibliques, il s’agit moins « de marteler la foi » – certains de ses amis sont peu pratiquants – que « d’adhérer à des valeurs, de poser des références pour savoir où l’on va ». Une conviction qui, d’évidence, traverse les différentes familles scoutes avec la même acuité : « En camp, toute la journée est orientée vers la vie religieuse, explique Benjamin Boukris, 22 ans, éclaireur israélite de France.

Office le matin, prière avant et après le repas… Cela nous permet de prendre un recul qu’on ne peut pas avoir chez soi, de faire le lien entre la nature et son créateur, bref de mieux vivre sa spiritualité. »

Chez les catholiques aussi, la foi reste un ingrédient indispensable, voire le cœur même de la proposition scoute. Chacun avec leur sensibilité, les trois principaux mouvements français (lire les repères) cultivent des liens étroits avec l’Église : prière quotidienne, présence d’aumôniers et messe dominicale lors des camps d’été… Sans tomber dans le syncrétisme, on peut donc affirmer que le scoutisme, par-delà ses déclinaisons confessionnelles, est une activité éminemment spirituelle. « Toutes les spiritualités partagent un même fond, mais chacune a sa propre façon de l’exprimer », résume Lama Cheudroup, vice-président des Éclaireurs de la nature (EDLN), branche bouddhiste apparue sur l’arbre scout il y a deux ans. « Notre but n’est pas de faire du catéchisme aux enfants, mais de leur permettre de s’épanouir tout en respectant leur cheminement. En cela, la démarche du scoutisme, qui se fonde sur l’expérience, rejoint parfaitement celle du bouddhisme », remarque-t-il.

Dans le manuel fondateur du scoutisme (Scouting for boys, paru en 1908), Baden-Powell avait lui-même insisté sur la nécessité de développer le « sens de Dieu » chez les jeunes. Et pour Benjamin Bitane, membre de l’équipe nationale des Éclaireuses et éclaireurs israélites de France, s’il y a un « socle commun » à tous les mouvements, c’est bien cet « esprit scout », ouvert à la transcendance. Le 15 mai, ce « pur produit » du mouvement juif, comme il se définit lui-même, a pu participer à la Journée de la fraternité organisée par les Scouts et Guides de France à Paris : « Ce type d’initiative prouve que nous portons des valeurs communes, au-delà des clivages politiques ou religieux. Nous partageons une même quête, quelle que soit notre façon de la vivre, nos spécificités », estime-t-il. Chez les juifs, cette recherche s’exprime surtout dans « le partage de valeurs et la transmission d’un patrimoine, sans pour autant se situer en marge de la société », précise-t-il, soucieux de promouvoir un esprit d’ouverture.

C’est d’ailleurs une constante dans le scoutisme, comme le relève le P. Pierre Cabarat, aumônier national des Scouts unitaires de France : «L’esprit scout tourne toujours autour de la notion d’engagement. Il y a peu de lieux où les jeunes peuvent exercer une responsabilité, si petite soit-elle. Nous encourageons les plus âgés à se mettre au service de leur prochain, que ce soit à leur porte ou à l’autre bout du monde. » Selon lui, si le scoutisme se porte bien, c’est sans doute aussi parce qu’il permet de « passer le cap de l’adolescence, souvent délicat sur le plan de la foi. La pratique religieuse est proposée de façon très concrète, on ne sépare pas vie spirituelle et vie quotidienne, chaque situation est relue à la lumière de l’évangile», appuie-t-il.

Geoffroy Perrin-Willm, pasteur et membre de la commission Vie spirituelle des Éclaireurs unionistes de France, va même plus loin en affirmant qu’ «un mouvement qui ne prendrait pas en compte la spiritualité ne serait pas vraiment scout»: «Même les mouvements laïques s’inscrivent dans une perspective humaniste, une quête de sens, remarque-t-il. Si l’on considère que la spiritualité est l’enveloppe de la foi, il y a certes des différences selon les religions. Mais on s’aperçoit aussi qu’on peut avoir des approches communes, comme cela se pratique par exemple au sein de la Fédération du scoutisme français» (1). Du haut de ses 17 ans, Hajar Qotb, pionnière musulmane, confie ainsi avoir renforcé sa foi grâce au scoutisme. «Dès le premier camp, cela m’a rapprochée de la religion !, assure-t-elle. Nos rencontres avec les autres mouvements nous permettent aussi de mieux connaître la diversité des religions. À partir de cette connaissance, nous apprenons à nous comprendre et à nous respecter les uns les autres. Bien sûr, nos rites sont différents. Mais nous vivons selon les mêmes principes scouts, applicables quelles que soient les confessions: un art de vivre ensemble dans la fraternité, la solidarité et le soutien mutuel. Le scoutisme augmente notre soif de l’autre.»

(1) Cette fédération regroupe les Éclaireuses Éclaireurs de France, les Éclaireuses éclaireurs israélites de France, les Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France, les Scouts et Guides de France et les Scouts musulmans de France.


François-Xavier MAIGRE, Romain THIRION et Charles LE BOURGEOIS

 

 

 


Trois mouvements catholiques

En France, trois mouvements sont agréés par l’État et reconnus par l’Église catholique :
• Les Scouts et Guides de France (www.sgdf.fr), nés en 2004 de la fusion des Scouts de France (fondés en 1920) et des Guides de France (fondées en 1923). – 70 000 adhérents, dont 3 000 dans le cadre du « scoutisme pour tous » en quartiers populaires. – 4 % de croissance en 2009-2010. – 4 166 camps organisés cet été.
• Les Guides et Scouts d’Europe (www.scouts-europe.org), fondés en 1958. – 29 000 adhérents. – 3 % de croissance en 2009-2010. – 1 000 camps organisés cet été.
• Les Scouts unitaires de France (www.scouts-unitaires.org), fondés en 1971, après la scission de plusieurs groupes Scouts de France souhaitant conserver la pédagogie « unitaire » (une branche unique pour les 12-17 ans). – Entre 23 000 et 24 000 adhérents. – Environ 750 camps organisés cet été.

 

 

 

 


« Une certaine façon de vivre ensemble et de respecter l’autre »

Étienne et Sylvie DU COUËDIC sont « animateurs de vie chrétienne et spirituelle » du groupe Scouts et Guides de France d’Antony (Hauts de Seine). Depuis un an, ils accompagnent les trente chefs et cheftaines d’Antony.

En quoi consiste votre mission ?
ÉTIENNE ET SYLVIE DU COUËDIC : Cette proposition est assez nouvelle chez les Scouts et Guides de France. Notre tâche est d’aider les chefs à porter la dimension spirituelle lors de temps spécifiques (prières, partages…) et dans toutes les activités qu’ils organisent avec les jeunes. Mais nous ne sommes pas en prise directe avec les scouts, ce n’est pas notre rôle. Nous sommes davantage un support pour les chefs et cheftaines. Nous-mêmes parents de trois jeunes enfants, dont un «farfadet» et un louveteau, nous sommes très sensibles à la dimension spirituelle du scoutisme : quand les responsables du groupe ont lancé un appel aux parents il y a un an, nous nous sommes jetés à l’eau ! Notre mission est complémentaire et bien distincte de l’aumônier. Un vrai défi, car le spirituel n’est pas toujours une priorité pour les chefs, déjà très pris par l’organisation des activités.

Comment les chefs sont-ils sensibilisés à cette dimension ?
À côté des formations et des rencontres organisées par le mouvement, nous essayons de nous appuyer sur les événements de l’année : lancement des activités, engagement des chefs, préparation d’un camp… Les autres temps forts sont aussi porteurs, notamment les messes de groupe, les rassemblements nationaux, ou la transmission de la « lumière de Bethléem » au cours de l’avent (La Croix du 19 décembre 2009). Cependant, il n’y a pas de recette : certains partages peuvent se révéler très forts et d’autres ressemblent plus à des « flops ». Nous apprenons peu à peu à ne pas chercher l’efficacité à tout prix. L’essentiel est d’atteindre les jeunes, avec leurs préoccupations, leur sensibilité. Ils ne sont jamais là où on les attend, et cela peut parfois nous désarçonner! Mais leur générosité, leur disponibilité sont incroyables… Ils se donnent à fond. Nous ne sommes pas là pour faire les choses à leur place : d’ailleurs l’expérience montre qu’il n’y a pas de plus belle célébration que celles qu’ils ont préparées eux-mêmes !

Il semble qu’il y ait des carences dans la transmission des valeurs aujourd’hui, y compris sur le plan religieux. Or le succès du scoutisme catholique ne faiblit pas. Quel est le secret de la spiritualité scoute ?
Notre mouvement se veut ouvert à tous: chrétiens ou non, pratiquants ou pas. Mais, en rejoignant un mouvement d’Église, nous demandons aux jeunes de rester ouverts aux propositions. Pour certains chefs, comme pour les enfants, le scoutisme peut être une occasion de découvrir la foi, ou de la redécouvrir autrement. Membres d’une communauté vie chrétienne (CVX), nous nous inspirons de la spiritualité ignatienne pour les introduire à la relecture des activités, non pas en se demandant si c’était raté ou réussi, mais en se plaçant sous le regard de Dieu et repérer pour chacun ce qui a suscité de la joie – et donc signe de la présence de Dieu – ou, au contraire, de la tristesse: ce qui déjà une prière que l’on peut offrir.

Au-delà des expressions religieuses, qu’est-ce que l’« esprit scout » selon vous ?
Une certaine façon de vivre ensemble, de respecter l’autre et la Création, de prendre part à la vie de la cité, de se débrouiller, de se préparer à être un adulte et un citoyen à part entière, d’approfondir sa connaissance de Dieu… Tout cela passe très largement par le jeu, l’imaginaire, la vie dans la nature, la responsabilisation des jeunes, la sensibilisation à la solidarité et l’engagement. Et peut-être aussi l’occasion de laisser de côté la vie trépidante habituelle pour vivre un temps de communauté sans les accessoires « obligés » : téléphone, ordinateur, iPod !


Propos recueillis par François-Xavier MAIGRE

 


 

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