Les deux roulements de pierre (31/03/2018) — Porte Saint Martin

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Les deux roulements de pierre (31/03/2018)

31 mars 2018

Billet de spiritualité de François RINGLET paru le samedi 31 mars 2018 paru dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Les deux roulements de pierre

Le poète Georges HALDAS confie que, très jeune déjà, il lui était impossible d’entendre le chant du merle au lever du jour sans que ne soit présente en lui la Résurrection, « ou plus exactement, dit-il, le matin de Pâques ».

Le merle, à l’aube, « qu’est-ce qui le pousse à commencer ? s’interroge de son côté Roger MUNIER. Il est seul et il commence. Et Marie-Madeleine, qu’est-ce qui la pousse à commencer ? » À en croire l’Évangile de Jean, Marie-Madeleine est seule. Au début en tout cas. Elle devance les autres femmes. Pourquoi ? Elle ne pense pas à la Résurrection ce matin-là. Personne n’y pense. Le sujet, c’est le deuil. Pour Marie surtout. Un deuil qui l’absorbe totalement. Elle n’a qu’une idée en tête pense Georges HALDAS : le corps. « Un excès de zèle dans la recherche du corps » . Or la pierre a été enlevée.

En cours de route, les femmes s’interrogent : « Qui nous roulera la pierre ? » Matthieu règle le problème par un tremblement de terre et le coup de pouce d’un ange « qui vient rouler la pierre et s’assied dessus » (Mt 28, 2).

Dans son commentaire du quatrième Évangile, Jean GROSJEAN pense que les autres femmes finissent par rejoindre une Marie-Madeleine « médusée devant la roche tombale. Elles entrent, elles trouvent le lieu vide et elles le lui crient » . Du coup, elle court vers Simon Pierre et l’autre disciple, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé » (Jn 20, 2).

Pour Georges HALDAS, la pierre, c’est l’opacité, la pesanteur, l’occlusion. La pierre est en nous. Et elle nous empêche de rejoindre « l’abîme de la source » qu’il appelle aussi « la toute présence ». Une pierre dont parle admirablement Marie VIDAL dans un livre d’il y a vingt ans qui n’a pas pris une ride : Un Juif nommé Jésus .

Dans sa magnifique « lecture de l’Évangile à la lumière de la Torah », Marie VIDAL commente cinq « Paroles fondamentales » dont vivent – séparément – les chrétiens et les Juifs et, en particulier, l’interrogation des trois femmes chez saint Marc : « Qui nous roulera la pierre ? » Et l’auteure de rapprocher, admirablement, la pierre du tombeau et la pierre du puits soulevée par Jacob pour permettre à Rachel, la bergère, d’abreuver son petit troupeau (Gn 29, 2).

Dans les deux cas, la pierre est très grande. Dans les deux cas, les femmes sont au rendez-vous. Et dans les deux cas, la rencontre « atteste l’empressement de l’amour ». D’où Jacob a-t-il reçu la force de pousser cette pierre que les bergers ne pouvaient rouler qu’à quarante ? Un midrash (sorte d’homélie rabbinique) cité par la bibliste répond : « Quand Jacob partit de Béer Shéva pour aller à Haran et fuir son frère, une Rosée de Résurrection descendit des cieux sur lui et le fit puissant en vaillance et énergique en force. Par cette puissance, il roula la pierre de dessus la bouche du puits et les eaux montèrent de profondeurs. Les bergers se tenaient debout et stupéfaits car on n’avait plus besoin de seaux pour puiser ! »

Pour les premiers chrétiens, poursuit Marie VIDAL, il y avait une relation entre l’étonnement des bergers et celui des femmes devant la pierre roulée. Pour eux, « dire et crier la Résurrection de Jésus, c’était se mêler à la force de Jacob » et entrer dans ce manteau de Rosée descendu du ciel.

Si on suit bien Marie VIDAL, les chrétiens d’aujourd’hui sont aussi appelés à être témoins des deux roulements de pierre.


Gabriel RINGLET

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