Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

L'école de la fraternité (09/09/2017)

9 septembre 2017

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 09 septembre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national.

L’école de la fraternité

Dès les premiers mots, Jésus indique l’objectif de la relation entre les hommes dans une communauté : construire la fraternité. Celle-ci n’est pas donnée, elle est à faire. Sous la plume de Matthieu, il est clair que ce qui est désigné comme le « péché » ne concerne pas un problème purement affectif entre deux personnes, mais un acte mettant en cause le lien entre une personne et la règle de fraternité que se fixe une communauté pour ses membres. Il désigne donc ce qui fait « scandale », c’est-à-dire ce qui fait écran à la recherche de la foi, et à sa pratique. À l’époque de Matthieu, la correction dans les synagogues était une pratique assez courante et encadrée quasi juridiquement. Le but n’était pas seulement de remettre l’individu dans le droit chemin, il était aussi de ne pas être complice de son péché en restant dans le silence. L’important, c’était l’amour du prochain, et ici, paradoxalement, l’amour de celui qui pèche. Il ne s’agissait pas de « perdre » un frère, mais de le « gagner ». La correction était graduée, du simple face-à-face à l’explication en assemblée. Et le verdict était prévu : la réintroduction de l’individu dans la communauté ou son exclusion.

Cette règle de la correction peut sembler saine et logique, mais son application s’est avérée dans l’Histoire beaucoup moins simple. En matière de corrections fraternelles, chacun connaît trop les excès dont l’Église s’est rendue coupable à travers les siècles : les corrections fraternelles se transformèrent parfois en une série d’humiliations, de supplices et même de condamnations à mort. Il y a, par exemple, l’épisode des cathares, même si celui-ci ne se limite pas à une question de correction fraternelle ; il y a aussi, moins connues parce que moins visibles, dans une autre période, les corrections infligées dans le silence des monastères et des couvents…

Reste que les cas de « péchés » peuvent être très différents les uns des autres et surtout plus ou moins graves.

Aujourd’hui, les cas les plus sensibles dans l’Église, mobilisant le plus l’opinion publique, concernent des actes de pédophilie de la part de prêtres. Bien qu’avec retard, l’institution a pris heureusement la mesure de l’extrême gravité des actes commis, dans ce cas précis non seulement vis-à-vis de la victime, vis-à-vis d’une communauté, mais aussi vis-à-vis de la société ; aujourd’hui, l’Église applique la correction sans faiblir et prévient les autorités judiciaires. Elle témoigne alors de sa capacité à prendre sa responsabilité et à rendre témoignage de la vérité.

Et puis, il y a les autres cas de ruptures de fraternité, beaucoup moins graves, mais pouvant être considérés comme des contre-témoignages pour la fraternité ou un non-respect d’engagements pris devant Dieu et les hommes.

En fait, Matthieu ne se contente pas de reprendre les paroles de Jésus qui se calaient sur la pratique des synagogues à propos de la correction. Il ajoute que Jésus, au-delà de la règle, appelle à la prière lorsque deux ou trois personnes sont réunies en son nom. Le passage de l’Évangile concernant uniquement la fraternité, il ne peut s’agir que d’une prière d’accueil, de pardon et de réconciliation. Et c’est peut-être l’élément le plus important du témoignage de Matthieu sur Jésus à propos de la correction fraternelle. L’important pour l’homme de Nazareth, ce n’est pas de punir le pécheur, mais de le libérer de ce qui l’empêche d’être frère. Il passe du jugement et de la sanction à la promesse de vie. Nous ne sommes plus en présence d’un Dieu vengeur, mais d’un Dieu qui prouve son amour en pardonnant et en ouvrant un avenir. L’exemple ne serait-il pas aujourd’hui celui des personnes divorcées remariées qui demandent à être bénies et à nouveau invitées à la table du Seigneur ?

Le Dieu de Jésus est celui qui rend responsables les hommes et les femmes de leur avenir en leur ouvrant la liberté de choisir : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié au ciel. » Entre « lier » et « délier ». Il les invite en fait à délier les liens de mort pour que la vie ait le dernier mot.


Daniel DUIGOU

duigou daniel 20161223.jpg

 

<< Go back to list