Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Le Royaume de Dieu, un trésor (29/07/2017)

29 juillet 2017

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 29 juillet 2017 dans les pages "religion et spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Le Royaume de Dieu, un trésor

Comment exprimer nos attentes les plus profondes ? Comment traverser la couche épaisse de nos émotions ? L’angoisse et la joie, la colère, la haine et l’attirance affective nous renvoient à l’immédiat. Leur alternance structure le quotidien. Leur maîtrise souvent nous échappe. Du coup, la publicité et parfois même la religion exploitent ce manque d’emprise. Évidemment, les émotions sont des indicateurs précieux pour ordonner le champ de nos relations. Liées à la réflexion, elles nous aident à détecter les obstacles et les chemins à poursuivre. Mais peuvent-elles indiquer ce qui les transcende ou saisir cette dimension qui se situe au-delà du temps et de l’espace ? Comment nous advient ce qui appartient à Dieu seul ?

Pour parler de cette question, le Nouveau Testament utilise une expression assez énigmatique : « Royaume (ou règne) des cieux » et « Royaume (ou règne) de Dieu ». La formulation emprunte au vocabulaire politique l’idée d’une gouvernance. Mais son emplacement géographique n’est pas précisé. Il semble hors-sol. Les termes « cieux » ou « Dieu » n’aident pas à se faire une idée claire sur le sens de l’expression. Mais à regarder de près les textes bibliques, on a l’impression que c’est exactement cet effet d’imprécision que recherche le Christ quand il se met à parler de ce qui relie terre et ciel. Il évoque ainsi le fond de nos attentes : nous désirons plus que l’immanence de notre monde et pourtant ne pouvons pas nous saisir de ce qui nous attire. Les paraboles, en grande partie, parlent à travers cette figure du « Royaume de Dieu/des cieux » de ce qui pour l’être humain est inatteignable, à moins que Dieu lui-même ne mette à notre disposition ce à quoi nous aspirons.

Les trois narrations de notre passage biblique sont racontées uniquement par l’évangéliste Matthieu. Elles sont très brèves et débutent avec la même formulation : « Le Royaume des cieux est comparable… ». Elles sont construites toutes sur la thématique « caché/découvrir ». Ces répétitions donnent l’illusion que la même chose est racontée trois fois. Mais dès qu’on prend son temps, des différences significatives apparaissent. La première et la dernière histoire comparent le Royaume à un objet : un trésor caché et un filet de pêche. La deuxième parabole évoque le Royaume à travers les activités d’un négociant en perles. Il importe donc de se laisser travailler par chacune de ces petites narrations pour être prêt à répondre, comme les disciples, à l’interrogation qui figure au terme de cet enseignement. « Avez-vous compris tout cela ? », leur demande Jésus, comme pour s’assurer qu’ils seront à même de comprendre aussi la suite des événements : son humiliation, son rejet, sa persévérance malgré les menaces de mort.

Le Royaume de Dieu comme un trésor ? L’image n’étonne pas trop. Toutes les religions affirment la valeur exceptionnelle de la spiritualité. Ce qui surprend, en revanche, c’est que ce trésor soit caché dans un champ. Qui l’y a enfoui, sinon Dieu lui-même ? L’histoire affirme ainsi une bienveillance fondamentale de la part du Créateur : ce monde-ci, avec ses contraintes et ses limites, constitue le lieu même où nous pouvons accéder à sa générosité. Pas besoin d’attendre demain. Pas besoin non plus de produire des œuvres méritantes. L’homme mis en scène par la parabole exécute son travail professionnel habituel. Il fait partie des catégories modestes de la population. Comme le négociant en perles fines de la narration suivante, il se laisse guider par la joie de sa découverte. Du coup, il n’est pas difficile de vendre tout pour acquérir ce bien supérieur.

Le Royaume ? Nos paraboles en proposent trois approches différentes : une découverte inattendue sur son lieu de travail ; un long cheminement pour discerner ce qui est le plus précieux ; un Dieu qui se réserve le mot de la fin, car il agit comme un pêcheur faisant le tri. Qu’il vienne, ce Royaume de grâce.


Agnès von KIRCHBACH

kirchbach agnès von 201612123.jpg

<< Go back to list