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Le bonheur est à portée de main (28/01/2017)

28 janvier 2017

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 28 janvier 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Le bonheur est à portée de main

Matthieu met en scène l’événement pour lui donner une solennité et, au-delà, une autorité. Dès les premiers mots, il ne précipite pas le récit, il organise une attente ; un mouvement concentre progressivement l’attention sur Jésus. Le lecteur est comme à côté des disciples qui s’approchent pour écouter Jésus. Le moment est grave, d’autant plus que Matthieu situe l’action en haut d’une montagne, là même où Dieu parle. Jésus, un nouveau Moïse ? Non, pour Matthieu, c’est bien Dieu lui-même qui s’exprime !

Dès les premières paroles, Jésus va à l’essentiel : le but de la vie est d’être heureux. Jésus est alors dans la pure logique de la pensée hébraïque : le bonheur de l’homme est le but ultime de la création et le point d’origine de la Loi. Le premier verset de premier psaume ne l’affirme-t-il pas comme une clé interprétative de l’ensemble de Bible ? L’essentiel de Dieu, c’est le bonheur de l’homme.

Mais qui peut comprendre ou, mieux, connaître cette vérité où le divin fusionne avec l’humain ? C’est celui qui est dans le manque, le manque de l’autre. L’être heureux est celui qui a conscience de sa limite, mais qui, alors, est dans le bonheur de connaître le prix de l’autre, se met en mouvement vers lui, donne sa vie pour qu’il existe et fait ainsi l’expérience du vrai amour. C’est précisément ce que Jésus nous a appris : dans la rencontre avec l’autre, l’étranger, j’entre en dialogue avec Dieu. Dans le manque, le pauvre est l’homme le plus riche s’il reconnaît, dans l’humilité que lui enseigne sa vie d’homme, qu’il peut tout recevoir de l’Autre en accueillant l’autre dans sa vie.

L’homme serait-il alors divisé, définitivement divisé, comme séparé en deux, c’est-à-dire :

• d’une part, malheureux, condamné à le rester dans son manque à « être »,

• et d’autre part, heureux de connaître sa limite qui le dédouanerait de tout effort pour attendre tout de l’autre ? Est-ce « ça » le royaume de Dieu promis ? Dans les Béatitudes, Matthieu met volontairement l’accent sur le thème de la justice –on trouve le mot deux fois- après celui de royaume de Dieu : le royaume de Dieu passe d’abord par celui de la justice. Voilà la bonne nouvelle des Béatitudes. Celles-ci n’ont pas pour but de consoler tous ceux qui s’indignent, se plaignent, geignent, protestent, demandent réparation, se déclarent victimes d’un complot, etc. Elles sont un appel à l’action ! À une attitude active et non passive comme une première lecture pourrait le laisser penser. À la limite, qu’importe le résultat immédiat : l’essentiel est d’agir pour que le règne de Dieu, celui de la justice, advienne. De le vivre déjà comme un possible présent. C’est dans cette dynamique de l’action que l’unité de l’être se construit, que l’homme dit réellement « je » en disant « tu » à l’autre, dans un dialogue qui s’adresse en fait à un tiers, au-delà de l’autre au grand Autre, au Dieu de la Création que Jésus nous invite à reconnaître comme Père (la prière du Notre Père suit les Béatitudes quelques versets après).

Fondamentalement, la justice a comme source l’amour de Dieu : elle est son langage. Dans le Premier Testament, faire la justice consiste à faire la volonté de Dieu en appliquant (c’est-à-dire « en obéissant à ») ses commandements (Deutéronome). Dans le Nouveau Testament, et en particulier dans les Béatitudes, faire la justice, c’est accomplir la Loi, c’est-à-dire, au-delà de la lettre, dans l’esprit qui la motive, c’est vivre la nouvelle Loi qui conditionne toutes les autres : l’amour de Dieu passe par celui du prochain (Mt 22, 34-40).

La puissance des Béatitudes, c’est de libérer l’homme pour le mettre en marche vers l’autre, et, par là même, vers Dieu. Il ne s’agit pas d’être « parfait » ou de se condamner de ne pas l’être. Il s’agit d’accepter son imperfection pour reconnaître le besoin de l’autre et de prendre le risque de l’aimer en lui donnant une partie de soi-même, de perdre quelque chose de soi pour l’enrichir d’une humanité, de se découvrir de soi-même et, ainsi, à soi-même, dans la révélation d’être cet être aimant en vivant de ce Dieu que Jésus nous révèle.

Le bonheur est à portée de main !

Daniel DUIGOU

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