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La richesse de la croix (14/04/2017)

14 avril 2017

Billet de spiritualité d'Odile ROMAN-LOMBARD paru le vendredi 14 avril 2017 dans les pages "religion" du quotidien chrétien national "La Croix"

La richesse de la croix

La crucifixion de Jésus est sans doute ce que nous connaissons le mieux de lui car les quatre Évangiles s’accordent sur le récit de la Passion. Qu’un homme nommé Jésus ait été crucifié en Palestine sous le procurateur Pilate et que ses disciples aient pris le nom de « chrétiens », les historiens en conviennent. Seulement, cette mort a pour les croyants un sens profond et spécifique que les différents auteurs du Nouveau Testament ont tenté d’exprimer. Il est intéressant de voir comment les Évangiles ne présentent pas une vision théologique univoque, mais une diversité de témoignages qui permettent d’approcher la profondeur de l’événement. Nous verrons comment Marc, Luc et Jean racontent la crucifixion en suivant la même trame mais en donnant des inflexions différentes.

Dans la sobriété du récit de la Passion dans l’Évangile selon Marc (Mc 15, 21-40), ce sont la solitude et la souffrance qui ressortent. Quelques femmes sont présentes mais elles restent à distance (v 40). Jésus est seul, abandonné, en butte aux sarcasmes des passants, des grands prêtres et des scribes. Il est impuissant face à ses adversaires dont il subit les initiatives : il est emmené par les soldats, on lui donne du vin, on l’insulte, on lui présente une éponge de vinaigre. Il reste silencieux jusqu’à la reprise du premier verset du psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Cette parole unique de Jésus sur la croix prend tout son relief alors qu’elle affirme au plus profond de la détresse, à travers la figure de l’abandon, la confiance en celui que Jésus peut encore appeler « Mon Dieu ». Mais c’est dans le grand cri poussé à sa mort que le centurion le reconnaît comme Fils de Dieu. Est-ce parce que les crucifiés mourraient d’habitude par étouffement ? Le fils de Dieu serait alors celui qui, dans la mort même, peut encore exprimer un souffle de vie. Ainsi, la croix révèle le Fils de Dieu dans l’abaissement subi et accepté. Dieu se révèle là où on ne l’attend pas, sous les traits d’un homme faible et méprisé. L’Évangile selon Matthieu (Mt 27, 27-56) est très proche de celui selon Marc.

L’Évangile selon Luc (Lc 23, 26-49) suit globalement le déroulement donné chez Marc. Par contre, les proches sont tous présents (v 49), même s’ils se tiennent encore à distance. Jésus parle, et ses paroles sont fortes : aux filles de Jérusalem pour un appel à la conversion, à son Père pour demander le pardon de ses bourreaux et au malfaiteur qui l’appelle au secours et à qui il affirme qu’il aura une place avec lui. Le peuple ne participe pas aux moqueries puisqu’il « reste à regarder » (v 35), tandis que les chefs religieux et les soldats raillent le crucifié. La croix est ici la preuve de l’incrédulité humaine et le signe de la responsabilité des hommes de pouvoir. Après un grand cri, Jésus meurt en prononçant une parole de confiance : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (v 46). Le centurion rend alors gloire à Dieu en confessant le crucifié comme un homme « juste ». Jésus apparaît donc comme un martyr exemplaire, une victime de l’injustice qui intercède pour ceux qui l’ont lis à mort. Sa mort invite à se situer par rapport à Dieu : les deux malfaiteurs qui l’entourent sur la croix prennent parti et, après la crucifixion, ceux qui y ont assisté repartent en se frappant la poitrine, en faisant pénitence (v 48).

La Passion dans l’Évangile selon Jean (Jn 19, 17-37) est un peu différente des trois Évangiles synoptiques. On la connaît souvent mieux parce qu’elle est lue classiquement lors des célébrations du Vendredi saint. Elle présente en Jésus un « maître et Seigneur » jusque dans la mort. Tout au long du procès, Jésus semble dominer ses juges et il a l’initiative, aussi bien lors de l’arrestation que sur la croix où il prononce des paroles décisives. Les proches sont au pied de la croix d’où il prend encore soin d’eux. On peut noter l’absence de tout vocabulaire de la souffrance : pas d’injures ni de moqueries, pas de cri poussé avant d’expirer. Il n’est pas présenté comme celui qui souffre mais comme celui dont la mort est encore l’occasion de délivrer un message important. La crucifixion chez Jean est comme l’accomplissement de la révélation. Sa mort est comprise comme élévation et retour vers le Père. Elle est déjà ouverture à la transcendance.

Ce trop rapide parcours nous invite à entrer dans la richesse de la croix pour nos vies. Au cœur de l’Évangile, la parole de la croix vient nous interpeller et nous invite à attendre le matin de Pâques pour déployer un chemin de vie.

Odile ROMAN-LOMBARD, pasteure

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