Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

La présence de Jésus au monde est source d'allégresse (15/08/2017)

15 août 2017

Billet de spiritualité d'Odile ROMAN-LOMBARD paru le mardi 15 août 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

La présence de Jésus au monde est source d’allégresse

L’évangile de ce jour est le texte dit de la Visitation : Marie va voir sa parente Élisabeth dont l’ange Gabriel, lors de l’Annonciation, a évoqué la grossesse inattendue. Ce texte me touche dans la rencontre de ces deux femmes qui, toutes deux, vivent une grossesse inattendue, l’une parce qu’elle ne l’attendait plus, l’autre parce qu’elle n’y pensait pas encore. J’imagine dans quel état de bouleversement elles doivent être l’une et l’autre. À l’époque où avoir une descendance donnait une identité, Élisabeth avait dû se résigner, accepter de ne pas avoir d’enfants et construire sa vie autour d’autres centres d’intérêt et d’épanouissement personnel. Au moment où, âgée, elle vit peut-être la stérilité de son couple sur un mode plus apaisé, voici que tout est remis en cause par l’annonce d’un enfant, prophète qui plus est, comme l’a précisé l’ange à Zacharie, le mari d’Élisabeth. Marie, elle, est engagée avec Joseph : elle est dans une période d’attente, de projets, de rêves, de questions peut-être aussi… et voici que cette période d’entre-deux est interrompue par l’annonce d’un fils, « Fils du Très-Haut » à qui « Dieu donnera le trône de David » (Lc 1,32). Quel chambardement dans leur vie !

Comment ne pas s’y perdre ? Si Marie court rendre visite à Élisabeth, n’est-ce pas parce que, puisque l’ange a mentionné la grossesse inédite de sa parente, elle est sans doute la seule avec laquelle elle va pouvoir partager l’incroyable nouvelle, la retourner dans tous les sens, la raconter, la re-raconter… jusqu’à pouvoir la vivre et la digérer ? J’aurais aimé les entendre parler de ce qui les habitait alors que Dieu intervenait aussi radicalement dans leur vie.

Paroles de femmes, me direz-vous… peut-être. Quand je retourne à l’évangile, rien de tout cela, du moins comme le rapporte Luc. Pas de bavardage autour de ce qui leur arrive à elles personnellement. Pas de discussion autour des futurs enfants et de ce qui leur a été annoncé. Pas de questions : comment éduquer un enfant qui « marchera par devant sous le regard de Dieu avec l’esprit et la puissance d’Élie » (Lc 1,15) ? Comment guider les premiers pas et de « celui qui sera appelé fils du Très-Haut ? » Non, Luc nous invite ici à réfléchir sur la foi.

Dans l’Évangile, il y a d’abord un appel à entendre la future venue de Jésus dans le monde comme un sujet de joie. Lorsque Marie salue sa parente, le futur Jean-Baptiste bondit dans le sein de sa mère (Lc 1, 41), mais c’est une fois remplie du Saint-Esprit qu’Élisabeth peut interpréter ce mouvement comme un signe de jubilation (Lc 1, 44). C’est donc la première Bonne Nouvelle de ce texte : la présence de Jésus au monde est source d’allégresse.

La seconde Bonne Nouvelle est un encouragement à oser dire sa foi avec ses propres mots. Élisabeth formule ce que Marie a vécu dans son entrevue avec l’ange avec la béatitude, « Bienheureuse celle qui a cru » : ce que vit Marie est foi dans la Parole du Seigneur.

La suite du texte va permettre d’expliciter cette confiance. Marie se tourne vers Dieu pour raconter son histoire comme pour organiser dans un récit les événements bouleversants qu’elle vient d’apprendre et y trouver sa place.

Il est intéressant de voir comment Marie le fait. Elle s’efface pour exprimer ce que cette naissance signifie non seulement dans sa vie mais dans celle de l’humanité. Sans reprendre les titres messianiques que l’ange lui a transmis, elle témoigne de l’intervention de Dieu dans la vie des hommes et y indique son rôle par l’expression « humble servante ». Nous sommes habitués à ces mots mais ils prennent du relief dans une société très hiérarchisée comme l’était la société antique. Par le Magnificat, Marie inscrit l’annonce de l’ange dans une histoire universelle et annonce cette naissance comme la remise en cause des pouvoirs humains et le relèvement des humbles. Le bouleversement qu’elle vit dans sa propre vie est à vivre à l’échelle de l’humanité. Saurons-nous, comme Marie, porter et mettre en œuvre cette promesse de combat contre les pouvoirs d’aliénation et d’oppression de notre monde que Dieu est venu mettre en œuvre dans le monde par le Christ ?


Odile ROMAN-LOMBARD, pasteure

roman-lombard odile 20161126.jpg

<< Go back to list