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La multitude et les élus (14/10/2017)

14 octobre 2017

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 14 octobre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix".

La multitude et les élus

La force d’une parabole, c’est d’amener l’interlocuteur à s’interroger sur lui-même à travers une histoire qui, apparemment, n’a rien à voir avec lui. Et de le laisser libre de penser par lui-même. Pas de jugement, pas de condamnation : au lecteur de se faire sa propre opinion et d’agir en conséquence.

Jésus évoque ici une noce et un banquet. L’image renvoie à la Création. L’interlocuteur est invité à participer à son festin : à lui de se rendre compte de l’immense chance de pouvoir exister en donnant lui-même et à sa façon, selon son talent, du sens à cette Création. Et, ainsi, de se réaliser dans ce qu’il est, un être unique porteur d’un germe du divin. De vraiment y croire, au point d’agir autrement dans la vie. Le Dieu de Jésus, c’est celui de la Genèse.

Mais la parabole est d’un triste réalisme. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux et regarder autour de soi, se regarder soi-même, pour s’en apercevoir. Face à la possibilité de participer et de s’engager dans la construction d’un monde nouveau, deux attitudes fondamentales : se plaindre toujours et en toutes circonstances, renvoyer systématiquement la responsabilité sur les autres, attendre que les autres agissent pour soi, etc., ou prendre des initiatives, se lancer dans des projets, engager sa responsabilité, se réjouir de pouvoir influer sur les événements, etc. Visiblement, Jésus faisait partie de ceux qui s’impliquent dans les événements ; son lien avec Dieu, le Dieu de la Création, passait par là… au point que ses disciples le reconnurent comme son fils.

Jésus était un terrible observateur de son temps : son regard était impitoyable, et c’est bien pour cette raison que les autorités religieuses ont voulu le faire taire. Pour lui, ce qui était premier n’était pas de faire sa prière et de pratiquer des sacrifices sur les autels pour plaire à Dieu, mais de s’engager dans la construction de la société, de lutter pour la justice (les Béatitudes). Croire en Dieu, c’est d’abord participer à la Création et se réjouir de devenir les artisans d’un monde plus humain. C’est croire que le monde peut devenir plus juste et, du coup, agir dans ce sens.

Pour Jésus, la relation à Dieu passe par l’agir. Il renverse en quelque sorte la problématique. Il n’y a plus, d’un côté, les « croyants » ou les « fidèles » (ceux qui vont à la messe et qui croient avoir tout compris, qu’ils sont déjà sauvés) et, de l’autre, les « incroyants » (ceux qui ne vont pas à la messe, qui doutent de l’existence de Dieu et qui sont déjà condamnés), mais, d’un côté, ceux qui rencontrent Dieu en agissant pour le bien de tous les hommes (sans même peut-être savoir qu’ils rencontrent alors Dieu, sans pouvoir mettre le mot Dieu sur leur vécu car on leur a appris un autre Dieu), et, de l’autre, ceux qui ont peur de s’impliquer dans la recherche d’un bien commun et qui se trompent sur le sens de la vraie vie.

D’ailleurs, pour les premiers chrétiens du premier siècle, le plus important n’était pas le repas du Seigneur, mais, dans la lumière de la résurrection, l’annonce que la vie est plus forte que la mort, que la justice est à construire, que l’homme n’est pas perdu, que le royaume de Dieu commence dès maintenant pour ceux qui croient qu’un monde plus juste est possible et qu’il appartient à chacun d’y participer.

L’invitation à la Création – donc à créer la vie avec Dieu – est pour tous, pour la multitude, pour tout homme et toute femme où qu’il ou qu’elle se trouve, à la croisée des routes de la vie ou aux périphéries de la société. Mais les « élus » sont peu nombreux. Il y a là, de la part de Jésus, juif de cette époque, une étonnante ouverture à l’universalité de l’homme au-delà des frontières du religieux. Qu’en est-il concrètement de « l’agir » pour chacun d’entre nous, certes baptisés et donc « appelés », mais face aux redoutables défis de notre siècle comme la mondialisation, le chômage et l’immigration ? C’est pourtant l’actualité du « salut de l’homme ».

 


Daniel DUIGOU

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