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La miséricorde, "sacrement du frère" (25/11/2017)

25 novembre 2017

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 25 novembre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 La miséricorde, « sacrement du frère »

Tous les trois ans, la grande fresque du Jugement dernier illustre la royauté du Christ sur l’univers, en alternance avec le dialogue de Pilate avec Jésus et le récit de sa mort en croix, sur laquelle un écriteau le présentait au passant comme le roi des juifs. Un point commun entre ces textes est le service de la miséricorde, cette disposition inscrite dans le cœur de l’homme, qui le rend sensible au malheur des autres. Crucifié entre deux condamnés, Jésus est interpellé par l’un d’entre eux : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Et Jésus de répondre : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. » À l’inverse, Pilate refuse d’exercer la miséricorde envers Jésus qui l’avait incarnée sans aucune restriction, posant des actes réservés à Dieu et contestant l’interprétation de la loi qui était faite, lorsque la miséricorde était mise sous condition préalable.

Dans l’évangile de ce dimanche, la mise en scène du jugement royal montre comment le service de la miséricorde incarné par Jésus n’est pas seulement de l’ordre d’une exhortation morale, par laquelle les disciples imiteraient ou suivraient leur maître, ou encore obéiraient à un commandement divin. Dans ce schéma, Dieu ou le maître resterait extérieur à la scène. Ici, Dieu se compromet dans le service de la miséricorde, parfois présenté comme « sacrement du frère » (saint Jean Chrysostome). Dans l’Esprit Saint, il est signe et moyen pour discerner la présence du Seigneur aujourd’hui. Mais, personne ne le reconnaît : ni les justes, ni les damnés. Peut-être parce que tous le cherchent du côté du miséricordieux à imiter, pour mieux le louer tel le pharisien de l’Évangile, satisfait des bonnes actions dont il se contente selon la seule mesure de la loi qu’il suit scrupuleusement. Dommage ! Le miséricordieux était aussi du côté de ceux qui ont besoin de la miséricorde, qui le sollicitent au-delà de ce que leur dit leur conscience, il épouse leur cause, entretient la flamme de leur espérance et garantit leur dignité, là où le regard posé sur leur situation pourrait les réduire à l’état de victime.

L’étonnement des justes et des damnés renvoie à l’intranquillité dans laquelle nous plongent les situations qui sollicitent le miséricordieux qui veille en nous. Elles commencent par nous déranger, par nous déstabiliser, par nous inquiéter parfois. L’étonnement, et le déplacement qu’il appelle sont ici une condition pour que l’exercice de la miséricorde ne soit pas seulement l’occasion de nous conformer à un devoir moral, mais qu’il puisse devenir l’occasion de vivre une rencontre pascale avec le Christ.

Ainsi compris, ce texte offre, à titre d’illustration, un éclairage de l’histoire de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture). Avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, la fresque du Jugement dernier est l’une des références évangéliques qui oriente son action. Or depuis sa création en 1974, le mandat de l’association a été élargi par ses membres. D’abord centré sur la lutte contre la torture, il a ensuite pris en compte cette forme de torture qu’est la peine de mort, puis la protection des victimes, en particulier les réfugiés, souvent menacés de torture ou de mort. À chaque étape, les débats ont montré que la décision n’allait pas de soi : les membres se sont laissé déranger et déplacer.

L’identification du Christ avec « l’un de ces petits » qui en appelaient à la miséricorde a eu un impact dans deux directions qui sont liées : l’approfondissement de la réflexion sur le mandat au moment de l’élargir et le rôle de la notion de dignité de la personne humaine. « Les petits » de l’Évangile ne sont pas les membres d’un peuple particulier, ni les adeptes d’une religion spécifique, ni des victimes sur lesquelles les bienfaiteurs miséricordieux se pencheraient. Ils sont d’abord des sujets dignes de droits, à restaurer parce que bafoués, en raison d’une dignité universelle fondée dans l’amour préférentiel que Dieu leur prodigue, en épousant leur cause jusqu’à s’identifier avec eux.


François PICART

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