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La liberté de Jésus (03/02/2018)

3 février 2018

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 03 février 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix".

La liberté de Jésus

Grâce à Marc qui décrit la vie de Jésus comme un journaliste-reporter, nous avons la chance d’assister à une journée entière de Jésus en Galilée. Il y a bien sûr plusieurs niveaux de lecture possibles.

Au premier niveau de compréhension, le lecteur se pose inévitablement plusieurs questions sur ce qui lui est donné à voir. Ainsi, à propos de la mère de Simon, le texte ne parle que d’une « malade », éprouvée par une « fièvre ». De quoi souffre-t-elle ? L’action de Jésus est-elle de l’ordre d’un exorcisme ? Comment soigne-t-il cette femme ? Il y a plusieurs hypothèses. Mais rappelons-nous que, peu de temps avant, son fils Simon a tout abandonné pour suivre Jésus. Ce dernier lui a même donné un autre nom : « Pierre ». De quoi bouleverser une mère, provoquer chez elle une poussée de fièvre, la déprimer jusqu’à ne plus avoir la force de rester debout.

De même, le texte précise que Jésus « empêchait les démons de parler ». Pourquoi ? Là aussi, plusieurs hypothèses. L’une des plus souvent avancées est de considérer que Jésus n’a nulle envie que ses ennemis fassent sa promotion dans une région déjà très agitée dans l’attente d’un libérateur politique ; son message lui serait alors volé. Autre question, parmi bien d’autres : pourquoi n’apporte-t-on les malades qu’après le coucher du soleil ? Tout simplement parce que c’est la fin du sabbat qui interdit tout transport.

Mais un autre niveau de lecture de ce récit s’impose. Le lecteur ne peut qu’être surpris par l’étonnante liberté que manifeste Jésus. Une liberté qui renvoie à celle qu’il vit en lui, sa liberté intérieure. Remarquons, grâce au style de Marc, à quel point dans le texte tout est mouvement : « Aussitôt sortis de la synagogue », ils « allèrent dans la maison de Simon et de Jean », Jésus « la saisit par la main et la fit lever », « Jésus se leva, bien avant l’aube », Jésus dit à ses disciples « allons ailleurs, dans les villages voisins », Jésus « parcourut toute la Galilée ». Ce mouvement dans l’espace géographique est significatif d’un mouvement tout intérieur, celui de sa liberté de penser et d’agir.

Un autre détail révèle sa liberté : il ne se laisse pas emprisonner par la popularité qui grandit d’une façon impressionnante. « La ville entière se pressait à la porte. » Il ne tombe pas dans le piège du miroir aux alouettes fatal parfois, aujourd’hui, à des vedettes du cinéma, de la télévision ou de la politique. Il fait ce qu’il peut, mais il est d’abord au service de son Père. D’ailleurs, dès le matin, il prend distance, il s’éloigne de l’agitation possible pour se donner du temps pour lui, pour prier son Père. Il ne s’agit pas pour lui de fuir le monde, mais, au contraire, pour mieux être avec les hommes en étant lui-même, dans sa liberté d’être qui passe par son lien avec son Père. Sa mission est de proclamer l’Évangile. Un dernier détail : Jésus impose le silence aux « démons ». Il veut être maître de son message et du calendrier autant que possible ; il sait que son temps est compté et que le procès politique contre lui a déjà commencé.

Quelle leçon de vie pour nous qui vivons plus que jamais dans un monde qui, avec les nouvelles technologies, peut devenir maître du destin des individus et leur retirer leur liberté individuelle. Le temps est de plus en plus compressé et contrôlé, la pression médiatique de plus en plus forte et inévitable, l’espace intime et secret de plus en plus limité et même parfois violé. On peut mieux comprendre pourquoi, avec cette liberté intérieure qu’il manifestait, Jésus a pu sortir la mère de Simon de sa déprime, lui rendre sa liberté en acceptant celle de son fils, et lui redonner ainsi vie. Pas de magie. Pas de nouvelle religion. Mais le respect de l’être humain, renvoyant à l’amour infini de Dieu pour les hommes, pour tous les hommes. Ce respect, de par la foi en l’amour d’un Dieu Père. Ce respect, de par l’annonce de l’Évangile qu’il nous appartient à notre tour de vivre, comme Jésus le fit, et de le communiquer.


Daniel DUIGOU

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