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La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant (27/05/2017)

27 mai 2017

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 27 mai 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant

 

Entre l’Ascension et la Pentecôte, cette page d’Évangile nous rapporte le début du discours d’adieu de Jésus composée d’une prière adressée à son Père et une prière de bénédiction sur ses disciples. Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus s’exprime dans la souffrance et les larmes. Jean le présente dans sa dignité de Fils en conversation intime avec son Père. « Père, l’heure est venue » (Jn 17, 1). À la veille de son procès intenté par les autorités religieuses de Jérusalem qui contestaient une telle manifestation du nom de Dieu incarnée par le fils du charpentier, Jésus s’en remet à son seul verdict.

La relation à son Père l’emporte sur les menaces. Sa force domine les critiques et les attaques qui ont jalonné son itinéraire. Le thème johannique de la « glorification » aide à préciser les enjeux de la mission du Fils. Il comporte deux dimensions : non seulement une demande que son Père authentifie la justesse de ses paroles et de ses actes qui manifestent le nom de Dieu, mais aussi une demande que son Père manifeste sa présence effective : lui-même est engagé dans le témoignage que Jésus lui a rendu, au point qu’au milieu de l’humanité, il est bien celui qui avait annoncé par Isaïe (Is 7, 14) ; il est l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». En glorifiant Jésus dans sa résurrection, le Père manifeste que le nom de Dieu est indissociablement et définitivement lié aux paroles et aux actes de Jésus. Dieu se lie avec le témoignage que le Fils lui a rendu. Dans la prière de Jésus, la « glorification » manifeste ainsi une profonde interdépendance entre la gloire du Père et la gloire du Fils. Dans l’Esprit Saint sans lequel personne ne peut confesser que Dieu est Père, cette interdépendance, assumée dans l’amour qui les unit, renouvelle notre porte d’entrée dans le mystère de la gloire de Dieu.

Quelques années plus tard, l’évêque de Lyon, saint Irénée, héritier de la tradition johannique, devait préciser comment la gloire de Dieu implique l’humanité. Loin d’être écrasante comme la richesse de l’architecture baroque produite par la Réforme catholique, pourrait, aujourd’hui, le donner à penser, Irénée de Lyon associe la gloire de Dieu à la vie humaine : « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ».

À la lumière de cette formule ramassée pour confondre la gnose qui postulait une séparation radicale entre Dieu et le monde, donc entre Dieu et l‘humanité, le thème de la gloire de Dieu comprise comme l’interdépendance de la gloire du Père et de la gloire du Fils est manifesté dans le service de la vie humaine. Dans les Évangiles, Jésus revêt la tenue du serviteur et lie la manifestation du nom de Dieu avec une compréhension de l’Écriture qui implique la remise sur pied et la remise en route de tous ceux qui étaient entravés sur leur itinéraire. Il rend visible l’action de Dieu en leur ouvrant un chemin de vie : les lépreux, les pécheurs publics, la Samaritaine, l’aveugle-né, etc. Dans l’Évangile, Jésus incarne tout à la foi l’homme vivant en la manifestation de Dieu qui agit pour la vie de l’homme.

Pour nous aussi, « l’heure est venue ». Nous pouvons faire nôtre la prière de Jésus, pour chercher l’actualité de sa présence au cœur des turbulences que traversent notre société et la planète tout entière. Où et comment le service de « l’homme vivant » manifeste le nom de Dieu tel que le révèle Jésus ? Ne doutons pas que la gloire de Dieu demeure accessible, lorsque dans les camps de réfugiés et dans les maternités, dans les unités de soins palliatifs et dans les prisons, un homme reconnaît Dieu comme celui est sa source qui l’accomplit, lorsque cette reconnaissance féconde ses relations en vue d’une plus grande fraternité qui transcende les multiples fractures blessant l’humanité, en particulier les plus faibles. Mais au cœur de notre prière, comme l’aveugle au bord du chemin, demandons la miséricorde de Dieu qui seule peut rendre visible et crédible sa gloire au sens où Jésus l’a manifestée.


François PICART, prêtre de l’Oratoire

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