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Il est venu accomplir (11/02/2017)

11 février 2017

Billet de spiritualité de Bernard PODVIN paru le samedi 11 février 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Il est venu accomplir !

« Chaque jour est un tourbillon. Cela prend goût d’insatisfaction et d’amertume. Nous ressentons le besoin d’un dépassement et d’une plus grande exigence envers nous-mêmes », témoignent ces jeunes parents. Qui de nous ne ferait chorus à leur expression ? L’effervescence est, en effet, aujourd’hui commune à tant de contemporains.

Nous éprouvons souvent la douloureuse frustration de passer à côté de l’essentiel. Jésus, ce dimanche, nous surprend par sa réponse à notre quête intérieure. Ce n’est pas un dépassement en tant que tel qui lui importe. Mais un consentement à nous laisser saisir par sa bienveillante présence à nous-mêmes. Il n’est pas un coach suggérant des méthodes comportementales. La voie proposée par le Christ n’est autre que Lui-même. Il est le Chemin !

On ne peut comprendre sa demande en saint Matthieu de surpasser « la justice des scribes et des pharisiens » qu’en choisissant de Le suivre, Lui et nul autre.

Le surpassement dont il signifie le désir n’est pas l’ajout quantitatif à un légalisme déjà lourd. Sa personne accomplit la Loi en plénitude. Elle ne l’abolit pas en laxisme irresponsable, ni ne la durcit en laxisme inhumain. Le Christ n’est pas comptable de prescriptions. Sa nourriture est de réaliser le vouloir de son Père. Surpasser l’attitude des scribes et des pharisiens n’est surtout pas nier la source qu’ils recevaient de Dieu, mais refuser leur manière de l’interpréter et de la vivre.

Comme le soulignent plusieurs auteurs spirituels, le pharisaïsme est un jusqu’au-boutisme qui reste aveuglément à mi-parcours de la voie divine. Il ne reconnaît pas l’Envoyé du Père venu nous aimer jusqu’au bout. Le discernement de Jésus est catégorique. On n’entre pas dans le Royaume si l’on ne se convertit à ce surpassement. Les pharisiens se croient contrôleurs du moindre iota que Jésus braderait. Ils ne discernent pas que tous les iotas de la Loi et des Prophètes sont, non seulement préservés par Jésus, mais transfigurés par Lui dans l’ineffable accomplissement de son Amour sur la Croix.

Ne nous méprenons pas. Être disciple de Jésus n’est pas accroître des préceptes, mais Le suivre dans tout ce que sa Vocation implique. La demande du Christ est incomparablement plus exigeante, mais aussi incomparablement plus douce, car reçue de Lui, vécue en Lui, par Lui et pour Lui. Notre oui doit devenir fidèle à notre oui, s’il s’inscrit dans cette relation de confiance et d’amour. Le disciple ne tergiverse pas quand un tel amour l’appelle à sortir de lui-même pour aimer le frère. Être croyant n’est pas chercher son image dans un idéal qui ne serait jamais suffisant. Mais s’abandonner à l’Amour du Christ. Parce qu’il a tout accompli, il peut tout nous demander, dès lors que l’amour désire cet amour. Seulement de cette manière devient « recevable » le surpassement inouï de, par exemple, « ne point se mettre en colère contre autrui ». La Loi nouvelle qu’est Jésus nous demande d’aller jusqu’à cette attitude inconcevable pour qui réduit la foi à un corpus de prescriptions.

Le père Marie-Joseph LAGRANGE, bibliste érudit, eut l’humilité spirituelle de reconnaître qu’il lui fallut du temps pour saisir la grandeur de la petite Thérèse. Nous sommes toujours devancés par les petits qui comprennent ce que les sages pensent maîtriser. L’humble voie thérésienne semble en effet, de prime abord, ne pas peser lourd devant la sagacité des scribes. Le Royaume est grand ouvert à ceux qui n’ont pas l’orgueil d’en être hôtes. Il demeure fermé à ceux qui ont la présomption de tout accomplir par eux-mêmes. Ne rejetons pas un seul des petits commandements venus du Père. Suivons le Fils nous disant comment les vivre en plénitude !

Bernard PODVIN

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