Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Heureux ceux qui espèrent (01/11/2017)

1 novembre 2017

Billet de spiritualité d'Odile ROMAN-LOMBARD paru le mercredi 1er novembre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix".

Heureux ceux qui espèrent

« Voyant les foules, Jésus monta sur la montagne » (Mt 5,1). C’est par ces mots que l’évangéliste Matthieu introduit le texte des Béatitudes. Pourquoi monter sur la montagne ? Pour des raisons pratiques : comme ils sont nombreux, les gens verront et entendront mieux Jésus s’il est en hauteur. Pour des raisons théologiques, Jésus monte sur la montagne comme Moïse au Sinaï pour commenter précisément les dix paroles dans les chapitres suivants (M 5, 17-7). Pour des raisons symboliques, les Béatitudes constituent un sommet dans l’accomplissement du commandement d’amour du prochain. On peut aussi y voir une image du mouvement du texte. Le premier mot de chaque Béatitude est traduit habituellement par le mot Heureux mais la racine hébraïque y ajoute l’idée de marcher, comme un appel à se lever dans l’allégresse de l’Évangile. Certains ne traduisent pas par le mot Heureux mais par En avant, debout, pour faire retentir un appel à s’élancer à la suite de Jésus, à prendre de la hauteur par rapport au quotidien. Peut-être est-ce à nous de gravir la montagne à la suite du Seigneur ?

Puis Jésus parle. Ce sont les premières paroles qu’il prononce dans l’évangile de Matthieu, des proclamations étonnantes qui, en ce début de discours que Matthieu développe sur trois chapitres, peuvent résonner comme une salutation et un accueil.

Jésus regarde les foules qui sont venues l’écouter et les premiers dont il fait état ce sont ces visages d’hommes et de femmes qui sont devant lui. Que voit-il ? Non pas une foule indistincte et compacte, mais des individus dont il connaît les joies et les peines et dont il partage la condition humaine. Son regard se fait alors tendresse, ses paroles s’en font l’écho car il discerne dans tous ces visages tendus vers lui l’espérance du Royaume.

Qui distingue-t-il ? Des pauvres en esprit, des affligés, des affamés et assoiffés de justice, ceux qui n’obéissent pas aux critères de réussite de nos sociétés, des doux, des compatissants, des cœurs purs, ceux à qui notre société normative ne trouve pas de place, ceux qui ne sont peut-être pas comme nous voudrions qu’ils soient, tous ceux qui ressentent un manque en eux-mêmes. Ce sont eux que Jésus accueille en premier dans son discours. Il salue de prime abord ceux qui souffrent, les étrangers, les affamés, les persécutés, les affligés.

Parfois, on a l’impression que la religion se résume à une série de « il faut », de règles plus ou moins contraignantes, mais le Christ vient renverser notre compréhension de Dieu. Il ne s’agit pas pour lui de poser une loi, de parler de Dieu et d’expliquer qui il est, mais d’abord de faire une place, de décharger les épaules de ceux que la vie a tant chargés. Dans ces situations apparemment sans issue, Jésus annonce « Heureux sont-ils car ils seront… », un futur est proclamé alors que la situation semble fermée. Ainsi, il ouvre une porte au cœur des impasses.

Ce message n’enferme pas les uns et les autres dans des catégories fixes et étanches. Il ne dit pas « Heureux êtes-vous vous qui pleurez », discours qui serait insupportable et blesserait en appliquant une espérance à bon marché aux autres. Non, Jésus proclame sa conviction en Dieu : « Heureux sont-ils car l’avenir n’est pas fermé : ils ont un avenir dans quelque chose que Jésus appelle le Royaume des cieux ». À chacun, dans sa propre liberté, de s’emparer de cette parole et de la faire sienne.

En ouvrant ainsi son discours, le Christ nous propose aussi un chemin d’amour. Aimer son prochain, c’est peut-être le regarder à travers cette espérance que le texte des Béatitudes proclame, c’est trouver les moyens et les forces, là où nous sommes, de s’engager dans le refus d’enfermer notre prochain dans des voies sans espoir. Les Béatitudes, on peut les lire comme un appel à s’engager, on peut aussi les entendre comme un appel à se présenter à notre prochain sans chercher à avoir prise sur lui ni à se défendre, se présenter à lui pauvre en esprit, doux, compatissant, ouvrier de paix.


Odile ROMAN-LOMBARD, pasteure

roman-lombard odile 20161126.jpg

<< Go back to list