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"Grande est ta foi" (19/08/2017)

19 août 2017

Billet de spiritualité de Bernard PODVIN paru le samedi 19 août 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

« Grande est ta foi »

« Dans ma vie, je n’ai pas suffisamment pris au sérieux la prière de demande, commente cet aîné dans la foi. J’ai longtemps pensé qu’elle n’était pas digne de moi ! » Nous sommes nombreux en effet à nous étonner, ce dimanche, de l’audace avec laquelle la Cananéenne se fait insistante auprès de Jésus. Nous ne sommes pas moins nombreux à être impressionnés par la rudesse première qui caractérise l’attitude du Christ à son égard. Lui habituellement si écoutant et compatissant envers chacun, ne répond pas même une parole à cette mère en émoi au sujet de sa fille. Qu’en est-il donc exactement ?

Ici même, en Matthieu, se vit un moment décisif dans le ministère de Jésus.
Implorer le Christ avec ferveur et détermination n’est pas infantile, mais signifie au contraire le commencement d’une foi profonde. Venir de Tyr ou de Sidon confier à Jésus sa fille tourmentée par le diable universalise le rayonnement de son amour envers tous les peuples. Non, Jésus ne rejettera pas cette humble mère, mais s’émerveillera de la vigueur de sa foi. Non, Jésus n’en restera pas aux brebis perdues d’Israël, quoiqu’il semble en dire. La Cananéenne « a forcé » la porte du Fils de l’homme. Cette porte ne pouvait être fermée à quiconque. Cette femme, que les miettes d’un amour divin suffisent à rassasier, a exprimé le désir que Jésus désirait entendre. Elle est venue attester, par sa confiance dépouillée, ce que Jésus incarne de tout son être : Il est Dieu parmi les hommes venu porter aux pauvres sa Bonne Nouvelle. « Allez donc ! » dira-t-il plus tard à ses disciples. « Enseignez toutes les nations à garder ce que je vous ai commandé. Baptisez-les ! »

Le Christ est pour tous. Il est venu nous aimer jusqu’au bout. Son évangélisation ne fait acception de personne. Les premiers destinataires de l’Évangile de ¬Matthieu resteront évidemment interloqués. Comment une Cananéenne peut-elle s’entendre dire que peut se réaliser sa demande ? Comment Celui qui doit venir en Israël peut-il embrasser toute l’humanité de sa sollicitude ? Christ n’est propriété de personne. Venu de son Père, il remet tout à son Père.

L’événement contenu dans l’Évangile de ce jour est bien plus que le dépassement d’un tabou vécu en des siècles anciens. Il interpelle notre aujourd’hui. Pourquoi manquons-nous tant de simplicité à être demandeurs de ce qui est bon pour l’homme aux yeux de Dieu ? Pourquoi une mystérieuse pudeur nous retient-elle dans un orgueil intérieur à peine dissimulé ? Demandons donc, avec la même énergie que la Cananéenne, à notre Seigneur de nous délivrer du mal et d’en délivrer autrui ! Pourquoi l’Amour divin serait-il sourd à un amour humain qui le quémande ? Dès cette heure, la fille de cette mère attentionnée fut libérée de ses entraves diaboliques.

Qu’en est-il en nous-mêmes ? Le Christ nous surprendra-t-il suffisamment pauvres de nos vanités pour oser demander les miettes de son Amour bienfaisant ? Benoît XVI souligne le paradoxe de notre temps. Le monde globalisé nous rapproche technologiquement mais ne nous rend pas davantage frères. Cette manière de vivre va-t-elle attiser en nous le désir de demander ? La spontanéité de la Cananéenne prend ici valeur prophétique. Le défi de la fraternité est quotidien. Sera-t-il possible de se frayer un chemin nouveau pour aimer et honorer Dieu ? De quoi, de qui serons-nous demain les intercesseurs ? Il faut être pauvre en esprit pour oser demander comme l’Évangile y invite. Parlant de ¬Jésus, un auteur spirituel ne se lassait pas de dire : « Demain, je saurai encore que je n’ai pas fini de commencer à devenir son ami. » Telle est l’humble, persévérante et lumineuse demande qui transformera nos vies !


Bernard PODVIN

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