Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

"Faire la vérité" (10/03/2018)

10 mars 2018

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 10 mars 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix".

 « Faire la vérité »

Jean met au centre de son interrogation le rapport vie/mort. Cette question essentielle n’est-elle pas aussi la nôtre lorsqu’en permanence, face aux défis de la vie, nous sommes affrontés à la réalité et nous doutons de notre capacité à exister en tant que nous-mêmes, lorsque nous doutons de l’avenir de l’humanité… et de nous-mêmes ?

À l’époque de Jean, dans le contexte religieux judéo-chrétien du 1er siècle, la question vie/mort s’exprimait par celle de l’identité de Jésus : est-il, oui ou non, le « Fils de l’homme » annoncé par le prophète Daniel ? Ce qui explique la radicalité des paroles que retient l’évangéliste de l’échange entre Jésus et Nicodème à propos du Fils unique : « Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé ».

Est-ce à dire que la destinée de l’homme, Paradis ou Enfer, est conditionnée d’une manière absolue par le « croire » en Jésus ? Dans le contexte d’aujourd’hui et dans la connaissance de la richesse spirituelle des autres grandes religions, de la vie d’hommes et de femmes exemplaires en dehors de toute référence religieuse, cette vision sans alternative possible ne va pas de soi pour penser le devenir de l’homme. Cet exclusivisme sous la plume de Jean peut même être aujourd’hui une question dérangeante, une affirmation qui peut choquer : il renvoie à la très malheureuse affirmation « hors de l’Église pas de salut ».

En fait, pour Jean, le « salut » ne vient pas de l’extérieur, sous la forme d’un jugement de Dieu. Il est l’accomplissement de soi, de son être propre, dans l’expérimentation de l’amour véritable qui passe par le don de soi. C’est dans la vie fraternelle (1 Jn 3, 14-15) que l’homme rencontre le Fils unique de Dieu qui seul est en relation immédiate avec Lui. Si « jugement » il y a, il est d’abord là, dans la libre orientation de sa vie vers l’autre. Si « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique », l’amour de Dieu est un absolu, il s’adresse à tout homme et à toute femme, il ne réclame aucune réciprocité. D’ailleurs, l’emploi du verbe « donner » – et pas le traditionnel verbe « livrer » – est significatif de cette dimension universelle.

Quelle que soit notre condition sociale, notre culture, et même notre religion, l’aventure humaine est la même. Tout se joue dans l’ouverture à l’autre, dans la capacité de l’accepter dans son altérité et de vivre ensemble. Le « dessaisissement de soi » n’est-il pas cette « foi élémentaire » en la vie dont parlent des théologiens et que l’on retrouve dans les récits évangéliques, à propos des miracles, chez ceux qui viennent à Jésus ? Le « courage d’être », une expression de Paul TILLICH, ne participe-t-il pas à une certaine mystique de la vie qui suppose une promesse de la vie ? L’expérience d’une gratuité dans l’accueil de l’autre – dans la formation d’un couple, la construction d’une famille ou l’accueil d’un enfant qui vient au monde… – ne permet-t-elle pas d’entrer dans une certaine « intimité de Dieu » que nous révèle Jésus dans sa relation de Fils unique à Dieu ? Dans « le désir du bonheur de l’autre », ne goûte-t-on pas au désir même de Dieu vis-à-vis de l’homme que Jésus a vécu et révélé jusque paradoxalement sur la croix ?

Dans le texte de Jean, une phrase ouvre l’expérience de la vie à la « grâce du Christ » : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». Sans vouloir faire du non croyant un chrétien qui s’ignore (les fameux « chrétiens anonymes »), l’expérience de la gratuité et de l’accueil de l’autre ne présuppose-t-elle pas une « action invisible de la grâce » (Gaudium et spes 22) et ne rend-elle pas possible un « croire » en la vie ? Cette expérience n’est pas évidente ; elle engage au plus profond la liberté de la personne. Ne prépare-t-elle pas ce que Paul appelait « la connaissance intérieure du Christ » (Ph 3, 7-11) ? Il y a du « divin » en tout être humain (Gn 1, 26).

À l’Église, porteuse d’un « savoir » sur l’homme, dans une attitude d’abord d’écoute et non d’enseignement, de découvrir Dieu en chaque être humain et de dénoncer systématiquement toute atteinte à la dignité de l’homme. Et à elle, comme lieu d’expérience de la fraternité, de trouver les mots nouveaux pour parler de Celui qui en est l’origine et le faire connaître aux hommes d’aujourd’hui en recherche de sens. L’annonce du Christ est sa priorité : dans un monde en pleine transformation, la pastorale est à inventer chaque jour.


Daniel DUIGOU

duigou daniel 20161223.jpg

 

 

 

<< Go back to list