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Du souffle au don de la Parole (03/06/2017)

3 juin 2017

Billet de spiritualité d'Odile ROMAN-LOMBARD paru le samedi 03 juin 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Du souffle au don de la Parole

 

À Pentecôte, on fête le don de l’Esprit. En français, le mot « esprit » est ambigu car il évoque dans le langage courant un être immatériel, fantôme ou revenant, alors que le mot biblique, en hébreu comme en grec, désigne de façon très concrète le vent, le souffle.

Laissons-nous porter par le souffle de Dieu, de la Genèse au livre des Actes, d’avant la création à la fondation de l’Église, du souffle qui se fait Parole au souffle qui bouscule et fait témoigner.

Au commencement de la Bible, dès les premiers versets, voici le vent de Dieu dans le tohu-bohu initial : « le souffle de Dieu planait à la surface des eaux » (Gn 1,2). Le souffle de Dieu apparaît d’abord dans le contexte du chaos originel où se côtoient les abîmes et les ténèbres : il dit la puissance. La création va s’organiser autour de la force créatrice de la Parole puisque l’activité de Dieu au cours du premier chapitre de la Genèse consiste à parler et à nommer. « Et Dieu dit : ‘’que la lumière soit’’ et la lumière fut (…) Dieu appela la lumière ’’jour’’ et la ténèbre ’’nuit’’ » (Gn 1, 3-5). N’est-ce pas une magnifique maîtrise du souffle que celle qui produit la Parole ? Dieu module son souffle, son énergie vitale, de sorte qu’il ne soit plus ouragan, dont la violence participe au chaos mais force de vie qui fait être.

Dans la parole, n’est-ce pas en effet le souffle qui module les sons, donne le rythme de la langue. Les mots prennent sens dans le rythme du langage, l’alternance de silences et de sons, d’accélérés et de ralentis, c’est-à-dire dans la modulation du souffle. L’Écriture devient Parole lorsqu’elle est portée par le souffle. Alors la puissance de Dieu ne se manifeste plus dans le déchaînement des éléments naturels mais dans la possibilité d’ouvrir du sens. Cette parole créatrice qui dit la création dans le premier chapitre de la Genèse est le commencement et la constante de l’attention que Dieu porte au monde. Elle offre aux éléments du chaos de subsister et d’y trouver leur place. À l’image de Dieu, c’est par le souffle qui passe par la parole que l’homme peut maîtriser son chaos intérieur. Voilà peut-être une première image du souffle de Dieu pour nous : celle de la Parole qui fait sens pour nos vies, celle de la Parole qui dans le souffle donne sens à notre chaos intérieur.

« Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière » (Ac 2,2). Le souffle de Dieu nous emmène à Jérusalem où les disciples sont réunis pour célébrer la fête juive de Pentecôte. Ensemble, ils tentent de réfléchir et repassent les évènements étonnants qu’ils ont vécus depuis cinquante jours : Jésus, leur Seigneur, celui en qui ils avaient mis toute leur espérance est mort, des femmes sont venues leur annoncer que le tombeau était vide, le Seigneur leur est apparu. Que penser de tout cela maintenant que Jésus n’est plus là pour leur dire où aller, que dire et que faire. Ils se retrouvent donc entre eux pour fêter comme chaque année, la fête juive de Pentecôte… comme d’habitude… Finalement rien n’a vraiment changé.

Mais l’Esprit s’engouffre dans la pièce où ils étaient réunis, et c’est comme un violent coup de vent qui pousse les disciples au dehors d’eux-mêmes pour proclamer les merveilles de Dieu. Habités du Souffle de vie, ils s’ouvrent à la cité et font de la proclamation de la Croix et de la résurrection le carrefour du monde. Par l’Esprit, la croix devient le témoignage rendu à Dieu à la résurrection prédicatrice de vie.

Que souffle aujourd’hui en nous le vent de Dieu. Qu’il nous emporte au-dehors, à la rencontre de nos contemporains, dans la confiance et l’accueil de notre prochain pour que chacun puisse entendre la Bonne Nouvelle dans sa langue maternelle. Que ce souffle de Dieu soit Parole qui fasse sens dans notre vie. Qu’il chuchote à nos oreilles la douceur qui fait être.


Odile ROMAN-LOMBARD, pasteure

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