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Dieu a donné ses clés (26/08/2017)

26 août 2017

Billet de spiritualité de Gabriel RINGLET paru le samedi 26 août 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Dieu a donné ses clés

Le récit des Mille et une nuits raconte qu’Aladin (Alâ ad-Dîn), le fils d’un modeste tailleur, reçoit un jour le pouvoir des clés. Guidé par un sorcier qui lui voulait du bien, il découvre, au centre de la Terre, une lanterne magique et, surtout, des clés qui le sont tout autant et vont lui ouvrir bien des portes. Sa fortune est assurée…

Les clés que Pierre reçoit n’ont que peu de parenté avec celle d’Aladin ! Pas de magie avec les clés du royaume des cieux, même si elles sont aussi appelées à faire des merveilles.

L’extrait du livre d’Isaïe qui, dans la liturgie de ce dimanche, précède la scène de l’investiture de Pierre, apporte un éclairage biblique intéressant pour comprendre la portée du pouvoir des clés (Is 22, 18-23). Shebna, le majordome du roi Ézéchias, un gouverneur arriviste et grand dépensier, est remercié et remplacé par Eliakim qui devient ainsi le nouveau maître du palais. Il a notamment comme charge d’ouvrir et de fermer les portes et d’introduire les visiteurs auprès du souverain. Mais l’intérêt de l’oracle d’Isaïe est de décrire dans le détail l’investiture de ce haut fonctionnaire qui reçoit les trois insignes de sa charge : la tunique, la ceinture et les clés. En lisant, dans le texte, au verset 22 : « Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David », on devine qu’il s’agit sans doute de grandes barres cousues sur les épaules du vêtement, comme chez les licteurs romains. Même si la Bible raconte, en d’autres lieux, que les clés pouvaient atteindre, parfois, des proportions tellement imposantes qu’il fallait les porter à l’épaule… Mais l’essentiel du texte vise évidemment la seconde partie du verset : « Il ouvrira et nul ne fermera. Il fermera et nul n’ouvrira. »

Pierre aussi reçoit cet insigne des clés et, à travers lui, le pouvoir de fermer et d’ouvrir qui deviendra celui de lier et de délier.
C’est bien plus qu’un pouvoir de concierge ou de portier ! Le but n’est pas d’abord de laisser entrer ou de faire sortir… mais de gouverner.
Fermer et ouvrir, lier et délier, exprime en hébreu, dans ce rapprochement des contraires, une idée de fondement. Pierre reçoit la responsabilité de conduire et d’interpréter. Mais en lui confiant cette autorité suprême, Jésus l’invite à s’écarter radicalement de l’attitude des légistes qu’il dénonçait avec force : « Malheureux êtes-vous, légistes, vous qui avez pris la clé de la connaissance : vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés. » (Lc 11,52).

Ce pouvoir de lier et de délier n’est pas un pouvoir isolé puisque, un peu plus loin dans l’Évangile, à propos de la correction fraternelle, Jésus l’élargit à tous les disciples en leur disant : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel. » (Mt 18,18).
Ne pourrait-on pas élargir plus encore et dire que l’invitation à ouvrir ou fermer touche le cœur même de la vie communautaire ? Certes, Dieu a confié le pouvoir de lier et de délier à Pierre et à ses successeurs, mais c’est à chacun qu’il donne les clés de la maison. Et s’il y a des clés, c’est qu’il y a des portes, et pas qu’une ! « Nombreuses sont les demeures dans la maison du Père. » (Jn 14,2). Le pouvoir des clés n’est pas un pouvoir magique comme celui d’Aladin, mais une responsabilité assortie d’un mot d’ordre : entrer soi-même et n’empêcher personne d’entrer.


Gabriel RINGLET

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