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De quelle fête s'agit-il ? (08/04/2017)

8 avril 2017

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 08 avril 2017 dans les pages "religion et spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

De quelle fête s’agit-il ?

Le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem (Mt 21, 1-11) sert d’introduction à la fête des Rameaux qui nous fait entrer dans la Semaine sainte. Comme un prélude pour une pièce musicale, une ouverture pour un ouvrage lyrique. Comme un présage ?

Le texte de Matthieu est volontairement chargé de symboles. L’évangéliste aime montrer en quoi Jésus accomplit les Écritures. Ici, il semble insister sur l’idée que Jésus est celui qui réunir (ou bâtir un pont entre) le temps ancien et le temps nouveau, l’homme d’hier et le nouvel homme. Il va bien y avoir rupture supposant une violence (la mise en croix de Jésus), mais celle-ci n’annoncera pas un échec : elle permettra l’irruption d’une radicale nouveauté dans l’histoire de l’homme, dans celle de l’humanité.

Dans le récit, deux éléments semblent n’être que des détails, mais peuvent faire sens.

Il y a d’abord ces deux animaux, l’ânesse et l’ânon. Dans le texte de Zacharie qui sert de référence (Za 9, 9), le « et » signifie « comme » (ce que la traduction œcuménique de la Bible le rend par un simple tiret : « monté sur un âne – sur un ânon tout jeune ») : il n’y a donc qu’un seul animal. Matthieu, lui, laisse volontairement l’idée de deux bêtes pour signifier le pacte ancien (qui renvoie aux juifs assujettis à la Loi) et le pacte nouveau (les gentils qui n’y sont pas assujettis). Jésus est le Messie qui « fait » la paix et choisit l’humilité (sur un âne et pas un cheval, symbole guerrier).

Un deuxième élément peut, lui aussi, être signifiant : il y a la première foule qui accompagne Jésus depuis Jéricho, et la seconde qui accourt à sa rencontre en venant de Jérusalem, la ville. Ceux deux foules sont unies dans la même acclamation messianique « hosanna ». Ne peut-on pas « voir » dans cette rencontre le peuple de l’Ancienne Alliance et celui de la Nouvelle ?

Une chose est sûre : lorsque Matthieu écrit (ou réécrit à partir de traditions écrite et orale) l’entrée de Jésus à Jérusalem, il sait comment les événements vont tourner. Il est surtout « témoin » de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est dans cette « lumière » (cet éclairage) qu’il décrit l’événement. L’évangéliste introduit donc des nuances qui sonnent comme des mises en garde face à la « fête ». D’ailleurs, Jésus est-il dans l’illusion alors qu’il sait qu’à partir de ses paroles et de ses gestes un procès se monte contre lui et, qu’en conséquence sa vie est comptée ? Pour décrire la réaction de la foule, contrairement au texte de Zacharie, Matthieu ne reprend pas des verbes comme « jubiler » et « exécuter ». Surtout, à la fin du récit, pour évoquer l’effet de l’arrivée de Jésus comme « prophète », l’évangéliste utilise le verbe grec séiô, traduit par « agitation ». Un tremblement de terre ? Un choc ? Une peur ? Matthieu prépare le lecteur : il annonce l’affrontement entre la ville qui attend son Messie et Jésus qui, pour annoncer le Royaume de Dieu, préfère à la violence, l’humilité, la paix et la douceur.

Le chrétien est prévenu, lui dont la vocation est de rencontrer Dieu en devenant « homme » à la suite de Jésus. La vie est une fête. Elle l’est d’autant plus qu’elle ne peut se vivre pleinement qu’en sortant d’in imaginaire mortel pour entrer dans une réalité qu’il s’agit de transformer. L’épreuve est inévitable ; elle n’est pas une condamnation, mais une chance, le chemin nécessaire pour grandir et se réaliser dans sa vérité d’être. L’épreuve est l’école de la vie, celle de l’amour, l’amour vrai. La peur est normale, mais elle ne doit pas nous paralyser et gâcher la fête. Comme Jésus, ne s’agit-il pas de se laisser entraîner dans le tourbillon de la vie, assumer la réalité de l’humain et de ses limites, en s’abandonnant entre les mains du Père qui nous promet ainsi la vraie vie ?

Daniel DUIGOU

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