Comme des brebis sans berger (21/07/2018) — Porte Saint Martin

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Comme des brebis sans berger (21/07/2018)

21 juillet 2018

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 21 juillet 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Comme des brebis sans berger

Qui l’emportera ? Réunions publiques, politiques de communication, confrontations de programmes, promesses pour plaire à telle ou telle couche de la population, même modeste… En temps d’élection, tout concourt à mettre en avant des candidats, quel que soit le niveau de responsabilité, locale ou nationale. S’il s’agit d’élections qui concernent un pays tout entier, les gouvernements des États voisins prêtent eux aussi une grande attention aux déterminations exprimées à travers les votes. Les élections laissent rarement indifférent. À la proclamation des résultats, les uns jubilent, les autres se retirent sur la pointe des pieds. Mais le véritable effet public des responsabilités gouvernementales confiées ne se mesure qu’à la longue. Nous sommes bien placés aujourd’hui pour constater dans beaucoup de pays des restrictions d’ordre social et le développement de comportements oligarchiques, que ce soit dans le domaine économique, écologique, politique ou autre.

Les textes bibliques évoquent cette problématique politique à travers le symbole d’un troupeau et de son berger. L’image remonte aux textes vétérotestamentaires. Les lecteurs et lectrices du 21ème siècle que nous sommes lui associons à tort la vision paisible et bucolique de brebis gardées par un jeune homme ou une jeune fille, telle que dépeinte sur les tableaux du 18ème ou du 19ème siècle.

Aux yeux de Jésus, ses contemporains « étaient comme des brebis sans berger ». L’évangéliste parle des populations modestes des campagnes palestiniennes reculées ou des villes sans égard pour les citoyens en précarité. Il se réfère aux Psaumes et aux prophètes comme Zacharie ou Ézéchiel. Évidemment, il ne s’agit pas d’absence de berger, c’est-à-dire d’absence de gouvernance, mais plutôt d’une situation où les responsables politiques et religieux du moment se réfèrent uniquement à eux-mêmes et non à la volonté de Dieu pour l’ensemble du peuple d’Israël.

Ils étaient « comme des brebis sans pasteur ». Que fera Jésus ? Se mettra-t-il à leur tête pour les conduire vers une nouvelle forme de gouvernance ? Les incitera-t-il à réclamer une justice sociale ? Les abandonnera-t-il en se retirant loin de leurs mouvements désorganisés ?

Le début de notre récit laisse penser que Jésus veut s’occuper d’abord de ses disciples. Ils ont été envoyés en mission. Ils reviennent, fatigués. Ils ont besoin de manger. Peut-être aussi de faire un « débriefing ». Pour échapper à la foule, Jésus leur propose le retrait dans un lieu à l’écart. Mais sans succès. Les gens ont deviné leur destination et les précèdent, à pied. Comme s’ils savaient, d’instinct, que cet homme ne maltraitera pas leurs attentes humaines et spirituelles. Collectivement, ils parlent de leur soif de vérité, sans dire un mot.

À la vue de la démarche de cette foule, une émotion forte saisit Jésus. « Pris de pitié » dit le texte. La formulation est bien au passif. Jésus est mis dans l’incapacité de poursuivre son projet. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Le sens est avant tout théologique. Il renvoie à Dieu, et pas seulement à un sentiment passager devant une situation particulièrement dramatique. Devant la misère de son peuple, l’Éternel ne reste pas de marbre. La pitié le secoue. À partir des toutes premières pages de la Bible, nous voyons se dessiner un Dieu qui souffre de la souffrance des humains. Leurs idolâtries, leurs pertes d’orientation, leur capacité au mensonge le touchent douloureusement. Et Dieu invente des projets. De toutes sortes. Pour sauver. Pour arracher à ces aliénations.

Jésus est comme lui. Ce qui motive sa manière de changer de projets, de trouver des mots concernant son Père alors que l’épuisement le marque, c’est qu’il est habité par le même Esprit. Il en va de cette paix eschatologique qui s’enracine dans le présent pour devenir un chemin de salut pour le monde.

Ambitieux ? Bien sûr. Mais pas impossible.


Agnès von KIRCHBACH

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