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Chassons notre sommeil ! (02/12/2017)

2 décembre 2017

Billet de spiritualité de Bernard PODVIN paru le samedi 02 décembre 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

 Chassons notre sommeil !

Cette personne fut soignante de profession et assuma d’innombrables gardes de nuit. La retraite venue, subsiste en elle intérieurement un réflexe nocturne de disponibilité. Comme si l’inconscient, accoutumé aux appels d’autrui, refusait toute passivité. Or, voici que, pour entrer dans la nouvelle année liturgique, résonne en saint Marc, un vigoureux appel à rester éveillés. Certaines traductions du texte grec suggèrent même « chasser le sommeil », ce qui devient particulièrement parlant !

D’aucuns pourraient penser, lisant furtivement l’évangile de ce dimanche, s’en tirer à bon compte, le portier semblant a priori seul visé par l’injonction de la parabole à veiller ? Mais pour démentir, cette exclusivité, Jésus insiste : « Je le dis à tous ! Veillez ! » Nul ne peut donc prendre le chemin de l’Avent sans accueillir l’appel. Nul ne peut se substituer à l’autre dans la garde intérieure de lui-même. Le maître de la maison, parti au loin, a « confié à chacun son travail ». Il va venir pour chacun et pour tous. La parabole n’est donc pas affaire de spécialistes seuls capables de surmonter l’endormissement intérieur. Tous, qui que nous soyons, avons à revêtir la tenue de veilleurs !

Marc distingue la quadruple hypothèse du retour du maître : tard le soir, en milieu de nuit, au chant du coq ou le matin. Mais Dieu ne s’enferme pas dans notre maîtrise des horaires et des sens. Entendons surtout la force de son retour « à l’improviste », comme pour en marquer la soudaineté et, surtout, signifier sa totale liberté. Notre marche vers Noël s’engage comme un véritable entraînement à veiller. En ces semaines où les nuits sont plus prégnantes et les corps plus engourdis, le Seigneur nous rejoint au tréfonds de nous dans la garde de nos pensées et de nos sentiments. Il y a chez Dieu un tel amour envers l’humanité, qu’il Lui importe grandement que l’homme soit au rendez-vous.

Saint Marc nous fait du bien par son écriture brève et décapante. Il ne s’encombre d’aucune précaution littéraire surfaite : veiller est le point focal de l’attitude croyante. Saint Bernard, à sa manière, ne sera pas moins interpellant : « Chasse le superflu, le salutaire surgira », s’écrie-t-il afin que le disciple du Christ se déleste de tout ce qui l’empêche de voir naître en lui le salut. Encombrés de nous-mêmes, nous ne voyons plus la fine pointe de notre cœur. Dieu nous y attend. Sa venue en Jésus ne prendra pas d’autre voie. Veiller vers la joie de la Nativité revêt ici une lumineuse signification. La motivation de chasser le sommeil devient vive. Attendre ne sera pas vain. Un amour va advenir dans une ineffable naissance. Péguy le presse : la nuit est à ses yeux création entre toutes, « résidence de l’Espérance ». Nous pouvons rassembler en notre intérieur ce que notre pauvreté humaine est capable d’offrir au Visiteur divin dont l’heure nous est cachée.

L’Avent est entraînement au combat contre l’engourdissement des sens. Comme le sportif obéissant, il nous sera bon d’acquiescer aux « exercices » dont Dieu a le secret et l’Église est servante. Veiller consistera plus que jamais à aimer notre frère en qui Dieu vient prendre visage, et prier plus intensément ce Dieu fait homme. Tel est le programme du combat. Pour ce faire, nous avons besoin les uns des autres. Se tenir éveillés est apprentissage permanent. Certains de nos frères ont cet art. Regardons-les. Imitons-les. Ils sont veilleurs d’amour. Ils prennent soin de l’homme qui est en Dieu, et de Dieu qui est en l’homme. Combien de fois aurons-nous encore à demander au veilleur « où en est la nuit » ? Éveillons-nous à l’imminence de celui qui vient ? Bel et saint Avent !


Bernard PODVIN

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