C'est la Parole de Dieu qui crée l'homme (19/05/2018) — Porte Saint Martin

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C'est la Parole de Dieu qui crée l'homme (19/05/2018)

19 mai 2018

Billet de spiritualité de Daniel DUIGOU paru le samedi 19 mai 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

C’est la Parole de Dieu qui crée l’homme

En lisant le passage de l’Évangile de Jean sur l’Esprit, à l’occasion de la fête de la Pentecôte, le lecteur peut avoir l’impression de relire la Genèse ou un commentaire qui l’actualise. Jésus va quitter ses disciples et, pourtant, le texte est d’un très grand optimisme : nulle tristesse, au contraire. L’important, c’est l’avenir, un avenir qui est à construire sans Jésus, certes, mais dans une certaine intelligence, celle de Dieu qui est amour. La seule différence avec la Genèse : Jésus nous a révélé, en incarnant la parole de Dieu (il est le Logos) dans tout son être, que Dieu est Père et que tout homme, toute femme, est appelé(e) à être son fils, sa fille. Notre relation à Lui passe par son accueil dans notre vie en tant qu’enfant qui Le reconnaît père et reçoit, comme Jésus le fit, son héritage pour en vivre. Un héritage – le monde et l’humanité en devenir – qu’il ne s’agit pas d’enterrer ou de mettre dans un coffre-fort, et de garder intact, mais, bien au contraire, de faire fructifier comme Jésus, c’est-à-dire en inventant la vie (en inventant les relations entre les hommes et les femmes dans l’altérité) à travers une histoire elle-même à inventer. Et, ainsi, vivre de son Esprit. Il est vraiment là, l’héritage dans l’Esprit de Dieu.

Rappelons-nous : dans la Genèse Dieu parle, et sa parole est créatrice. Le texte de Jean qui reprend à sa façon dans la période postpascale (fin du 1er siècle) les paroles de Jésus – donc dans une relecture de sa parole qui est une nouvelle compréhension – est un texte sur la création. Une invitation à interpréter cette création en tant qu’une suite d’événements créatifs. À la poursuivre.

Un texte sur la création car, pour Jean, les événements de la vie sont signes d’une parole de son Père qui interpellent l’homme dans sa façon de vivre en tant que créateur et qui l’obligent à choisir sa route, ou, mieux, à en ouvrir une nouvelle. À travers l’actualité du monde, Dieu dialogue avec l’homme pour en faire un co-créateur.

Le texte de Jean est ainsi une invitation à déchiffrer le sens. À décoder la vie et, par là même, à l’inventer. En mettant l’homme en situation de comprendre le monde et de participer au sens en produisant lui-même du sens – en ajoutant du sens au sens – Il fait de lui un partenaire, un interlocuteur, un « sujet ». Pas un robot comme dans l’épisode de la tour de Babel, mais un « acteur » du monde. Dieu va chercher l’homme jusque dans ses retranchements, lorsque notamment l’inconnu de l’avenir ou la prise de responsabilité lui fait peur, pour provoquer sa liberté d’être dans son désir d’exister.

Mais il en va de l’intelligence de la création qui passe par celle du don. Il serait plus judicieux de mettre au mot intelligence un I majuscule puisqu’il s’agit en fait de l’Esprit qui, dès le commencement, nous dit la Genèse, « planait à la surface des eaux ». Une Intelligence qui suppose une logique, celle du don, celle de la gratuité. L’Esprit, c’est cette Intelligence de l’amour qui nous parle à travers les événements, dans l’inévitable affrontement entre l’homme et la réalité, d’une culture à une autre, d’un temps à un autre temps de l’histoire. Dieu ne cesse de nous parler à travers les événements, « nous » c’est-à-dire « qui que nous soyons », et de nous guider en suscitant notre propre intelligence pour que, à notre tour, nous puissions créer et dire « je ». Jésus, Verbe fait chair, a reçu pleinement cette Intelligence, il l’a incarnée dans ses faits et gestes, il l’a révélée dans sa façon d’être au monde. Mais pour qu’il y ait « don » de la parole, signifiant comme pour Jésus une offrande totale de sa vie jusque sur la croix, encore faut-il que cette parole n’emprisonne pas celui à qui elle est destinée. Encore faut-il que l’homme ne soit pas l’otage de cette parole, que celle-ci ne l’empêche de penser par lui-même. Pour qu’il y ait « don », un don qui libère l’homme dans une parole donnée, cette parole doit être celle qui place l’homme devant sa propre liberté et sa propre responsabilité, devant sa propre parole. Jésus a montré dans son humanité d’homme qu’il était possible d’accéder au divin et de recevoir sa part d’héritage en tant que fils et fille au cœur même de la création : « Dieu dit : ”Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance” » (Gn 1, 26). Après la mort de Jésus, dans l’Intelligence de la résurrection, aux hommes de poursuivre l’aventure en recevant eux-mêmes l’Esprit de vérité, celui de la création qui est à poursuivre dans la logique du don, celle de l’engendrement de la vraie vie. C’est la parole de Dieu, à décrypter dans l’Esprit de vérité, qui nous fait advenir « homme » dans notre humanité.


Daniel DUIGOU

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