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Benoit XVI invite l'Eglise à redécouvrir la Parole de Dieu (12/11/2010)

12 novembre 2010

Article d'Anne-Bénédicte HOFFNER paru le vendredi 12 décembre 2010 dans les pages "religion" du quotidien chrétien "La Croix" à l'occasion de la publication de l'exhortation apostolique "Verbum Domini".

Benoit XVI invite l'Eglise à redécouvrir la Parole de Dieu (12/11/2010)

Lecture de la Bible lors d’une catéchèse pour adultes. Redécouvrir la Parole de Dieu doit permettre à l’Église d’entreprendre une « nouvelle évangélisation, surtout dans les pays où l’Évangile a été oublié ou souffre de l’indifférence ». (Photo Simon / CI

Benoît XVI invite toute l’Église à redécouvrir la Parole de Dieu

Le pape a publié hier l’exhortation apostolique « Verbum Domini » sur « la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église ». Elle fait suite au synode des évêques organisé à Rome en octobre 2008.


 

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« Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le cœur de l’homme, et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle. » C’est par ces mots que Benoît XVI avait ouvert, le 6 octobre 2008, la 12ème assemblée du synode des évêques, la deuxième de son pontificat mais la première convoquée par lui, consacrée justement à « la Parole de Dieu » pour « vérifier la mise en œuvre des indications conciliaires, et pour faire face aux nouveaux défis que le temps présent lance à ceux qui croient dans le Christ ».

Pendant trois semaines, 253 pères synodaux, 41 experts et 37 auditeurs avaient réfléchi au moyen d’encourager les fidèles à approfondir une relation personnelle avec le Christ, particulièrement à travers les Écritures et dans la liturgie, mais aussi d’améliorer la lecture et le travail sur la Bible en assemblée – lors de la messe – ou en petits groupes (via la lectio divina, par exemple), et même de la faire connaître au plus grand nombre grâce à l’art ou aux médias… Un peu plus de deux ans plus tard, le 30 septembre, jour de la fête de saint Jérôme, connu pour ses traductions en latin de la Bible, le pape a signé l’exhortation apostolique Verbum Domini (« La Parole du Seigneur ») donnant suite aux 55 propositions que lui avaient remises les pères synodaux.

Dans ce long texte de plus de 200 pages, le pape dit, en introduction, accueillir « volontiers la demande des pères de faire connaître au Peuple de Dieu tout entier la richesse ressortie des assises vaticanes et les indications exprimées dans le travail commun ».

D’autant plus volontiers qu’à ses yeux aussi, « c’est un don et une tâche incontournable de l’Église » que de « communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole de Dieu présente au milieu de nous ». Par cette exhortation apostolique, Benoît XVI le reconnaît : il désire que « les acquis du synode influencent efficacement la vie de l’Église » dans des domaines aussi variés que « la relation personnelle avec les Saintes Écritures », « leur interprétation au cours de la liturgie et dans la catéchèse », ou encore « la recherche scientifique, afin que la Bible ne demeure pas une Parole du passé, mais une Parole vivante et actuelle ».

De fait, tous ces aspects sont développés au fil des trois chapitres. De l’invitation faite à chacun de redécouvrir que « le Verbe de Dieu » s’est « fait chair » naissent de belles pages sur les rapports qu’entretiennent Parole de Dieu et justice, Parole de Dieu et création. Au plan pratique, Benoît XVI souligne une fois encore la nécessité d’« améliorer la qualité » des homélies. « On doit éviter les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique », demande-t-il, reconnaissant souhaiter, comme cela avait été exprimé au synode, un « Directoire sur l’homélie ». Il recommande aussi que « les lectures tirées de la Sainte Écriture » ne soient « jamais » remplacées par « d’autres textes ». Ou que les chants choisis lors des célébrations soient ceux qui sont « clairement » inspirés par la Bible, comme les chants de « la Tradition de l’Église », en particulier « le chant grégorien ».

Cette redécouverte de la Parole de Dieu, outre un renouveau spirituel, doit, pour le pape, permettre aussi à l’Église d’entreprendre une « nouvelle évangélisation, surtout dans les pays où l’Évangile a été oublié ou souffre de l’indifférence du plus grand nombre en raison d’un sécularisme diffus ». De fait, Verbum Domini exhorte tous les catholiques à « l’annonce explicite » de la Parole de Dieu, dans un véritable « élan missionnaire », et encourage à prendre « les moyens les plus efficaces pour la proclamer, même au risque de la persécution ».

Sur un point, Benoît XVI ne répond pas aux pères synodaux, qui avaient souhaité élargir aux femmes le ministère institué du « lecteur », aujourd’hui réservé aux hommes, plus généralement à ceux se préparant au sacerdoce. Présentant hier le texte à la presse, le cardinal Marc Ouellet, préfet de la congrégation pour les évêques et ancien rapporteur général du synode d’octobre 2008, a toutefois indiqué que ce souhait était « pris en considération » par le pape. « Le Saint-Père est en train d’étudier actuellement cette question », a-t-il assuré.

Comme les pères synodaux, en revanche, Benoît XVI alerte face à « la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Sainte Écriture », pointant par là notamment une « lecture fondamentaliste » de la Bible, ou des « lectures qui ne respectent pas la nature authentique du texte sacré, favorisant des interprétations subjectives et arbitraires ».

Autre sujet d’attention pour lui : le « péril du dualisme » entre exégèse et théologie. L’ancien professeur de théologie vise, d’une part, une exégèse qui se limiterait à la méthode historico-critique et deviendrait une « herméneutique sécularisée » ramenant tout « à la dimension humaine », et, d’autre part, une théologie qui s’ouvrirait « à la dérive d’une spiritualisation du sens des Écritures ». Benoît XVI souhaite, lui, et comme à l’accoutumée, un dialogue harmonieux entre « foi et raison ».

Enfin, et alors que, pour la première fois, un non-chrétien – ShearYashuv Cohen, le grand rabbin de Haïfa (Israël) – avait été invité à venir s’exprimer devant les pères synodaux, le pape réaffirme « encore une fois combien le dialogue avec les juifs est précieux pour l’Église ».

Et demande qu’entre chrétiens et musulmans « se poursuivent et se développent » des « rapports inspirés par la confiance ». « Toutes les religions devraient inciter à un usage correct de la raison et promouvoir des valeurs éthiques qui construisent la coexistence civile », rappelle-t-il après de nouvelles attaques meurtrières contre des chrétiens en Irak.


Anne-Bénédicte HOFFNER

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