Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Avec qui suis-je devant Dieu? (02/09/2017)

2 septembre 2017

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 02 septembre 2017 dans les pages "religion et spiritualité" du quotidien national "La Croix"

Avec qui suis-je devant Dieu ?

Quel est le fil rouge qui traverse notre vie ? Qu’est-ce qui assure la continuité entre jours de lumière et jours d’obscurité, entre joie et peine, confiance paisible et agitation culpabilisante ? Évidemment, c’est le corps, personnel ou social. À tel moment il subit douloureusement des ruptures et se recroqueville sous le choc d’amputations. À tel autre moment, il s’épanouit et grandit, s’associe à d’autres et éprouve du bonheur. Le corps est le lien. Mais le corps est fragile. Il recherche le nécessaire pour exister, nourriture et sommeil, protection et fécondité spirituelle. Le corps est le lieu du moi. Volonté, désir et décisions s’y enracinent.

Les expériences déterminent les choix. Nous aimerions éviter de faire deux fois la même erreur. Se protéger soi-même et protéger ses proches de la souffrance indique une bonne santé psychique. Un bon nombre de passages bibliques semblent heurter de front cette sagesse pratique. Ne pas craindre la maltraitance, se tenir comme un agneau parmi les loups, aimer ses ennemis, comment est-ce possible, comment est-ce souhaitable ? À moins de vouloir être un héros religieux… Se charger de sa croix, suivre le Christ et se renier soi-même, comme nous le lisons dans notre passage, que faut-il comprendre ? Quelle clé de lecture ouvrira à une compréhension refusant une incitation à des comportements mortifères ?

Nous sommes habitués à lire de tels passages comme des injonctions éthiques. Mais les paroles du Christ ne visent pas d’abord à donner un enseignement moral. La question à poser n’est pas « que dois-je faire ? » mais « qui suis-je devant Dieu ? » ou plus précisément encore : « Avec qui suis-je devant Dieu ? »

Heureusement notre passage met en scène Pierre, ce disciple auquel nous ressemblons tant. Il réagit fortement à la première annonce faite par Jésus concernant son cheminement. Il ne peut pas concevoir l’échec du Christ. Pierre est certain : Dieu lui-même veillera sur la vie de son fils et lui épargnera la mort honteuse. Le disciple retient ce qu’on lit dans les psaumes : Dieu protégera le juste. Mais sur le moment il oublie d’autres passages des Écritures : la figure de Job, le sort de certains prophètes, les poèmes évoquant un mystérieux serviteur de Dieu. L’histoire d’Israël est parlante. Ceux qui s’attachent sans partage au Créateur de la vie et deviennent porteurs de sa parole ne sont pas nécessairement bienvenus au milieu des leurs. Ils sont confrontés à l’incompréhension, au rejet, aux mauvais traitements dès que l’appel de Dieu propose de discerner et de choisir.

Jésus fait l’expérience des prophètes. Son attachement intérieur au Dieu de son peuple est la source secrète de son style de vie. Ce qu’il dit et ce qu’il vit est sans division. Mais c’est justement cette intégrité qui suscite, parmi les responsables religieux, une attitude de raideur et de rejet jusqu’à vouloir supprimer sa vie. Une machination que Jésus a bien identifiée. Mais pour rien au monde il ne désire se couper de cet attachement intérieur. Pour lui, porter la croix c’est assumer jusqu’au bout que la vie devant Dieu et la mission reçue valent mieux que tous les discours flatteurs des humains.

Se charger de sa croix. De quoi s’agit-il concrètement ? L’expression renvoie à une pratique des militaires romains. Un poteau vertical était laissé à l’endroit des exécutions. Mais les condamnés devaient porter eux-mêmes le poteau horizontal sur les lieux du supplice. Porter sa croix signifie donc avoir subi une condamnation. Contrairement à nos compréhensions habituelles, il ne s’agit pas d’une invitation à rester patient au cours d’une maladie, à subir l’injustice sans rien dire ou à rechercher une vie héroïque de souffrance.

Porter sa croix à la suite du Christ indique une source cachée en nous, un lien invisible et une joie intérieure plus importants que tous les jugements autour de nous. Ce qui est constitutif de notre identité de disciple, c’est notre place devant Dieu avec le Christ.


Agnès von KIRCHBACH

kirchbach agnès von 201612123.jpg

<< Go back to list