Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Apprendre un style de vie (20/01/2018)

20 janvier 2018

Billet de spiritualité d'Agnès von KIRCHBACH paru le samedi 20 janvier 2018 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

Apprendre un style de vie

La formation fait partie de nos acquis sociaux. À l’époque de Jules Ferry, la législation qui instaurait une scolarité gratuite et obligatoire marqua un pas immense pour former les enfants. En même temps se développait la conscience que l’éducation permanente des adultes est tout aussi nécessaire. Aujourd’hui, la formation professionnelle continue de faire partie intégrante du code du travail. Elle permet aux adultes d’acquérir des compétences professionnelles nouvelles tout au long de la vie. Mais en ce qui concerne la formation spirituelle, comment cela se passe-t-il ? Comment apprendre à vivre en disciples ?

On pense évidemment aux structures mises en place par les Églises : la catéchèse des enfants ou des adultes ; les propositions « pour aller plus loin », comme on dit, par exemple dans les domaines biblique, dogmatique ou historique. Certains désignent aussi les célébrations dominicales comme des lieux de formation continue.

Mais le texte de l’Évangile de ce dimanche nous fait entrevoir d’autres dimensions. Dès le début de son livre, Marc affirme que son écrit concerne une initiative prise par Dieu et non par les humains. Abraham, Moïse, Jérémie et tant d’autres souffraient, spirituellement parlant, de la distorsion entre ce que l’appel de Dieu permet d’espérer et ce qui se réalise réellement. Depuis le constat amer de la Genèse épinglant la domination constante par la violence, le cœur humain n’a pas été guéri. Pas même au sein du peuple entré en alliance avec le Dieu unique. Les orientations pour indiquer le chemin juste ne leur manquaient pas. Mais impossible de sortir des engrenages de la mort.

Marc ose appeler « évangile » le changement profond expérimenté depuis la Pâque du Christ. Jusque-là le mot figure dans la langue profane pour parler des édits impériaux. Par ce procédé, Marc affirme que la parole dernière ne vient pas des empereurs quels qu’ils soient, mais de Dieu. En Jésus il se révèle, rassemble et forme son peuple afin que le salut atteigne tous les humains.

Le passage lu montre les premières actions de Jésus. Il se déplace, seul. Il va dans les hameaux les plus reculés par rapport au Temple de Jérusalem. Il y parle d’un Dieu qui s’approche de tous. Puis, au bord du lac de Galilée, il rejoint des hommes au métier dur. Comme lui, ils sont fils de l’Alliance. Comme lui, ils connaissent les Écritures et les promesses d’une bénédiction qui passera par Israël pour devenir la réalité ultime de toute la création.

En attendant que Dieu fasse venir Son heure, ces pêcheurs s’exposent, jour après jour, aux dangers d’une nature imprévisible et sans merci. Un combat contre ce qui est obscur pour arracher à la mer – symboliquement le lieu des forces du mal – quelques bouchées pour faire vivre leurs familles. Jésus les appelle. Sa parole les rejoint dans leur attente inassouvie. Ils le comprennent bien, cet appel qui leur est adressé. Il ne s’agit pas de suivre Jésus pour se sauver soi-même. Que signifie alors devenir « pêcheurs d’hommes » par lui et avec lui ? L’ancien paradigme se trouve renversé. Il ne s’agit plus de rassembler les humains pour une condamnation divine, menace bien présente chez des prophètes. Mais avec le Christ porter à autrui ce salut tant espéré. Fini le temps des bouchées aléatoires. L’accomplissement pascal donne désormais le vrai goût à l’existence. Comme une parole à recevoir à l’école du Christ. Pour en faire un pain pour autrui. Pendant toute la vie.

Jésus ne propose ni une première catéchèse ni une formation continue comme nous l’entendons. Mais une rupture. Il faut laisser derrière soi quelque chose qui jusque-là semblait essentiel. Les filets. La barque. Le réseau habituel de raisonnements et d’orientations.

Avec le Christ apprendre un style de vie qui apporte du salut à ceux qui désespèrent ? Oui, cet appel nous est adressé aujourd’hui même.


Agnès von KIRCHBACH

kirchbach agnès von 201612123.jpg

 

 

<< Go back to list