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Ainsi soient-ils (02/10/2012)

2 octobre 2012

ARTE diffusera à partir du 11 octobre 8 épisodes de 52 minutes d'une série consacrée à la vie de 5 séminaristes à Paris. Voici l'article que l'hebdomadaire "La Vie" consacre à cette série.

Avec sa série « Ainsi soient-ils », ARTE met des séminaristes à l’écran

Diffusée à partir du 11 octobre, la nouvelle série d'ARTE « Ainsi soient-ils » (8 x 52 minutes) prend pour cadre un séminaire parisien et met en scène l'Église catholique, pour le meilleur et le pire.

Des aubes sacerdotales ont fleuri sur les panneaux d'affichage urbains. Au centre de l'image, des mains, (pas de visage) tenant un bréviaire dans lequel est glissée une liasse de billets, ou bien, sur d'autres affiches, un calice entre des doigts tatoués. En exergue : « Dieu reconnaîtra les siens ».

ARTE n'y va pas de main morte pour attirer l'attention sur la nouvelle série qu'elle diffuse à partir du 11 octobre. Il faut dire que consacrer 8 épisodes (de 52 mn) à l'Église catholique ressemble à une gageure dans l'univers télévisuel. Certains prétendent même qu' « il n'est pas de sujet moins sexy », les séries à succès (en France et partout ailleurs) nous plongeant habituellement dans l'univers du polar, de la santé ou de la politique, des amours adolescentes ou des vices cachés des housewives. Soit, mais faire franchir au grand public profane les murs d'un séminaire, lui permettre de suivre cinq garçons qui font le choix du célibat, l'emmener au Vatican, n'est-ce pas lui offrir une escapade dans l'un des univers les plus clos et l'une des plus belles usines à fantasmes ?

Certains catholiques froncent les sourcils, sûrs que l'image de l'Église, une fois de plus, va être écornée. Qu'ils se rassurent : « Ainsi soient-ils » n'est pas une série contre les chrétiens et, si elle n'évite pas certains clichés, ceux-ci sont depuis longtemps éculés.

La bonne surprise c'est que le christianisme y est plutôt bien traité dans l'ensemble. On peut se réjouir qu'à une heure de grande écoute les téléspectateurs trouvent l'occasion de découvrir quelques perles de la spiritualité chrétienne. Quand, à l'occasion d'un cours sur la réconciliation, par exemple, un vieux prof de théologie tord le coup aux idées reçues sur la confession et la trop célèbre « culpabilité chrétienne ».

On y rencontre aussi de belles figures de prêtres – magnifique Jean-Luc BIDEAU qui incarne le père FROMENGER, charismatique directeur du séminaire qui cherche à mener ses ouailles vers le discernement et la liberté intérieure. Les problèmes de l'Église - baisse des vocations, isolement des prêtres, difficultés à faire entendre l'Évangile dans le concert du monde, etc. - sont assez justement montrés. Tout comme les tensions entre un christianisme ouvert sur son temps et des tendances réactionnaires ; il est même fait allusion à l'affaire WILLIAMSON, toutefois sans qu'aucune clef de compréhension ne soit fournie.

En revanche, les figures des prélats censés incarner la hiérarchie catholique sont caricaturales. Et c'est ici que le scénario pèche le plus, nous resservant les poncifs recuits sur l'Église, son or, son goût du pouvoir. Si ces travers ne sont pas totalement imaginaires, les montrer avec réalisme aurait donné pertinence au propos. Au lieu de quoi, nous voici dans la parodie. Michel DUCHAUSSOY - mort en mars dernier - à qui l'on ne peut reprocher de ne pas bien tenir son rôle, incarne un président de la Conférence des évêques de France menant grand train, du soir au matin en rouge soutane cardinalice, dans son rutilant palais épiscopal. Plutôt que de réinventer les papes BORGIA, il aurait mieux valu scruter davantage la psychologie de personnages.


La bande de séminaristes dont on suit les premiers pas vers la prêtrise est quant à elle bien troussée - et bien interprétée. Cinq profils archétypaux, certes, mais pas caricaturaux. Surtout, on sent la bienveillance des scénaristes pour leurs personnages.

 Ils ne nous présentent pas des réactionnaires ni des doux dingues de la mystique mais cinq jeunes les deux baskets dans l'époque.

Il y a le scout qui quitte sa campagne la guitare en bandoulière et des rêves pieux pleins les yeux. Le rejeton d'une famille d’aristocrates propriétaires d'un groupe industriel qui n'hésite pas à essuyer les foudres paternelles pour se vouer à l'Éternel. Le beau black tout juste relevé d'une dépression et qui lâche sa thèse d'archéologie. Celui qui essaie de trouver sa voie, entre un père qui a pris la poudre d'escampette, une mère en pleine crise de la cinquantaine et une sœur en crise d'adolescence.

Quelques jours après la rentrée, se joint à eux un taiseux, José, qui convainc le Père FROMENGER de l'accueillir dans son prestigieux séminaire, lui qui vient de purger plusieurs années de prison pour homicide. Chez ce repris de justice, FROMENGER croit discerner l'ardeur nécessaire pour porter haut le sacerdoce. Cette énergie dont manque une Église qui peine à renouveler ses clercs...

On ne vous en dira pas plus, afin de ne pas déflorer la série dont le suspense est un des ressorts. A vous de suivre tous les rebondissements, plus ou moins crédibles - pas sûr que beaucoup de nonettes dansent le flamenco version French cancan dans les séminaires. Quoi qu'il en soit, cette série dans ses meilleurs aspects et les pires a de quoi titiller les esprits de ceux qui se disent cathos ou pas. Car l'engagement est pour chacun d'entre nous, un jour ou l'autre, une question, religieuse ou non.

Isabelle FRANCQ

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