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A la lumière du Christ (11/03/2017)

11 mars 2017

Billet de spiritualité de François PICART paru le samedi 11 mars 2017 dans les pages "religion & spiritualité" du quotidien chrétien national "La Croix"

À la lumière du Christ

« Ne parlez de cette vision à personne avant que le Fils soit ressuscité. » Le récit de la Transfiguration relève de ces épisodes théophaniques, par lesquels la résurrection de Jésus éclaire autrement ses paroles et ses actes. La Transfiguration manifeste Jésus comme celui qui incarne la fidélité de Dieu à sa promesse. Moïse et Élie symbolisent la loi et ses prophètes. Ils récapitulent le don de la Parole de Dieu qui accompagne et nourrit l’espérance d’Israël. Dans le récit, le mystère de Jésus apparaît aux disciples. Il est désigné comme « le Fils bien-aimé », comme lors de son baptême par Jean-Baptiste. Cette désignation est inséparable de la relation trinitaire du Fils avec le Père. Leur intimité nourrit la vie de Jésus et l’amour qu’il incarne pour tous ceux qui croisent sa route.

C’est à une telle relation que chaque homme est appelé. Chaque être humain est appelé à faire sienne la lumière de ce Jésus transfiguré qui a illuminé ses disciples. Dans notre relation à Dieu, nos fragilités, nos épreuves, nos doutes, nos lassitudes, sont autant d’accès par lesquels la lumière du Transfiguré nous rejoint, là où se joue la fidélité de notre vie, pour nous illuminer, si nous le voulons, en réduisant en nous la part d’indisponibilité qu’alimentent nos peurs, nos résistances, nos refus à la dimension universelle de l’amour de Dieu que nous sommes appelés à incarner ensemble.

À la lumière du Christ, notre part d’indisponibilité demeure, mais elle est assumée par Dieu et travaillée par l’Esprit qui nous conduit, si nous le voulons, en cultivant une relation d’intimité avec Dieu, jusque dans les services que nous réalisons.

À la lumière du Christ, notre part d’indisponibilité est transformée par l’Esprit lorsque nous persévérons dans notre vocation baptismale à reconnaître nos semblables comme des Fils et des Filles bien-aimés de Dieu, dans notre vocation baptismale à laisser émerger une fraternité profondément enfouie dans le cœur humain et que la lumière du Transfiguré peut animer ou réanimer. Mais, selon le récit de la Transfiguration, cette action de l’Esprit suppose de persévérer dans l’adoration du mystère de Dieu qui se révèle en plénitude lorsque le mystère du Christ rejoint le mystère de tout homme et non celui d’une seule portion de l’humanité.

Deux domaines illustrent la résistance possible à la lumière que le Christ transfiguré rencontre aujourd’hui : le défi des réfugiés et le défi éducatif.

L’accueil des réfugiés, pourtant au cœur de la tradition biblique la plus ancienne, rencontre une forte résistance au nom d’une conception essentialiste de l’identité socioculturelle. Celle-ci devient un préalable qui soumet des êtres humains en détresse à une construction intellectuelle fermée. Elle devient un filtre opaque à l’éclairage que le mystère du Christ vivant pourrait apporter à la recherche d’une réponse innovante et réfléchie à une situation critique et complexe. Elle nous ferme à vivre l’aventure humaine : « La grande aventure, c’est la reconnaissance de l’autre comme l’enjeu de sa propre humanité » . Une autre manière d’exprimer la grande fresque de Matthieu 25, où le Ressuscité s’identifie aux pauvres, aux prisonniers, etc., chacun étant identifié par Dieu comme étant son fils bien-aimé.

Dans le champ éducatif, la relation éducative comporte une dimension de révélation de l’homme à sa vocation. Dans la saine résistance opposée à l’éducateur, présente dans toute relation éducative, Jésus transfiguré éclaire l’éducateur chrétien sur la profondeur de sa mission : éveiller les « Fils de Dieu » plus jeunes au mystère de leur propre vocation, comme le Christ éveillait ses interlocuteurs à la profondeur cachée de leur propre foi. Chez l’éducateur, cette attitude suppose une « sortie de soi » qui consiste à accueillit les affirmations contraires aux siennes et à se laisser former par l’altérité. Grâce à une démarche de générosité par laquelle il sacrifie sa propre individualité, l’éducateur se met en situation d’éduquer au nom d’une conception de la vocation humaine, selon laquelle, à la lumière du Transfiguré, tout homme est appelé à se reconnaître « Fils bien-aimé de Dieu ».

François PICART, prêtre de l’Oratoire

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